vendredi 24 avril 2015

Un héros si discret


La métamorphose abrupte de mon corps amputé d’une trentaine de kilos en 6 mois par le régime du bon docteur Dukan puis la reprise plus lentement mais tout à fait aussi sûrement avait creusé d’une mare un océan chez mon Narcisse.

Parce que j’étais seule et par commodité, lorsque je décidai d’arrêter de peindre pour m’essayer à des travaux prétendument plus conceptuels, je pris l’habitude de travailler sur moi. J’avais toujours revisité dans mes toiles des images ou scènes qui me heurtaient ou me troublaient afin de les ravir, les apprivoiser et les faire miennes.

Ce corps qui était parfois ou avait été un tel fardeau, je décidais, à défaut de le maîtriser, de l’utiliser comme matériau. Me sentant totalement distanciée de mon image mais fascinée, je déversais également, tout aussi joyeusement, dans les réseaux sociaux mille et un selfies où seule moi je pouvais – parfois - reconnaître une légère variation, notamment dans le 5e cil de ma paupière gauche un brin plus ombré sur cette prise-là ou une nuance de rouge à lèvres évoluant d’un rouge carmin à un rouge cadmium.


En bonne ogresse narcissique, obsédée par la peur d’être oubliée et l’indifférence, j’avais un jour décidé aussi de parasiter les univers d’artistes ou photographes…après tout ne m’étais-je pas auto proclamée la princesse aux grains de beauté, avec mes 547 mouches qui habillaient mon corps ? Investir un lieu permettrait à mon image à défaut de ma personne de trouver enfin une place où se fixer.

Par ailleurs, toujours la tête dans les nuages à m’inventer x contes et histoires, j’étais obnubilée par les rêves, mon territoire le plus familier. Surtout, sur le fait qu’il ne peut y avoir de copyright…on ne peut empêcher votre cher et tendre ni le pire connard de rêver de vous et de faire de vous ce qu’il veut dans le royaume de Morphée. Cette idée m’excitait terriblement étant devenue assez addict au plaisir de la séduction, de ressentir ce pouvoir que l’on exerce, par une simple image, sur le désir de l’autre.

Oui ! depuis que j’avais arrêté de peindre mais aussi que mon horloge biologique sonnait le glas d’une descendance directe, je me sentais inquiète, effrayée par la conscience de ma mort que je n’espérais pas si prochaine, de la maladie, de l’oubli…et résonnais régulièrement en moi, ce magnifique haïkaï de la poétesse Ono no Komachi que j’adorais: « la couleur de la fleur s’est évanouie pendant que je contemplais vainement le passage de ma personne en ce monde ».

Bref, je créais donc un book et à ma grande surprise reçu vite beaucoup de propositions, d’autant que je posais souvent nue et visiblement les autres « modèles » ronds étaient plus pudiques ou complexées que je ne l’étais.

Du coup, en quelques années, je posais avec fierté pour des artistes que j’admirais comme Martin Schreiber, Laurent Benaïm ou Bernard Minier et parfois participais à d’autres univers avec joie et une coquetterie certaine.


Ce soir-là, en plein doute de mes capacités à séduire et de mon jauge de glamour ayant reçu un énième lapin de DJ, et regardé avec désillusion la fuite en avant de monsieur moustache mon nouvel amant qui ne prenait même plus la peine de me répondre sur facebook lorsque je lui écrivais en privé, connaissant pourtant toute l’importance que j’apportais aux intentions et combien cette indifférence auréolée de non-dits , spécialité de l’art courtois des réseaux sociaux, égratignait désagréablement mon orgueil.

Ce soir-là donc, je reçus un mail qui ébrécha enfin ma morosité hivernale : une nouvelle demande d’un photographe que je ne connaissais pas : Paul de Vallombise.

« Bonjour, 
Me décidant a enfin faire des photos de nus je vous contacte pour connaître vos conditions.
Mon projet photographique est en noir et blanc contrasté soulignant le corps et les émotions. Bien à vous,
Paul »

mercredi 22 avril 2015

Mommy loves you!


Le jour J arriva ! Mon futur amant m’avait préparé un petit fascicule d’au moins 5 pages avec des jolies photos des rues pour que je ne puisse pas me perdre. L’attention était certes charmante et permettait d’éviter tout stress mais comme j’arrivais à 15 heures et ne le rencontrerais que le lendemain matin à 6, j’avais tout mon temps pour trouver le building moderne qui se situait en fait à peine à 50 mètres de la gare. 

J’étais en fait vraiment amusée et excitée de cette petite escapade brisant la grisaille de mon quotidien. Moi qui ne me sentais jamais à ma place nulle part, j’aimais par-dessus tout le voyage, être ailleurs, ce mélange d’apeurement et d’excitation, ce sentiment paradoxal d’être dans un cocon hors du temps et pourtant en devenir. Oui ! Cette sensation enivrante de l’ailleurs ! Cela me manquait terriblement car mes finances depuis plusieurs mois ne me permettait que peu de mouvements à l’extérieur de Paris et j’y étouffais souvent rêvant à de multiples destinations en France ou ailleurs. 

Eh bien cette fois-ci j’avais quitté mon antre parisien pour me retrouver dans cet hôtel impersonnel mais terriblement confortable, dans une ville que je ne connaissais pas. J’appréciais ce moment et lui étais déjà sincèrement reconnaissante de ce cadeau sans prix qu’il m’avait offert sans même en être conscient : être en Bretagne, à découvrir les ruelles du centre ville puis, dans ma chambre d’hôtel à me délasser dans un bain avant d’attendre mon goûteur de mamelons, oui, c’était une petite parcelle de bonheur et de respiration.

Après une nuit agitée malgré le confort du lit, à 6h 05, on frappa à la porte et je découvris enfin Denis. Il était bien plus jeune que je ne l’imaginais, charmant et terriblement timide. J’avais envie de rire et le taquiner en lui disant de venir voir maman mais je n’étais pas sure qu’il prise mon humour car plusieurs fois par téléphone, mes essais caustiques avaient créé un léger blanc pour ne pas dire malaise. Visiblement, l’antiphrase n’était pas son dada ni le sarcasme.





Cette entrée m’avait un peu déconcertée car ponctuée d’aucun baiser mais juste d’un bonjour bégayé. En fait, en souriant, mon jeune mécène se mit sans plus tarder en tenue d’Adam. Timide, certes, mais il fallait rentabiliser son temps !

On ne prend pas le petit déjeuner alors ? si ! car courtois et parfait il m’avait apporté deux chocolatines ! Je dois dire que je savourais malgré mon esprit embrumé, cette scène cocasse de prendre un petit déjeuner avec un inconnu, tous les deux nus sur ce grand lit, tout en soupçonnant déjà que l’ébat ne serait pas passionné. Soupçon élémentaire en observant son pantalon bien plié sur la chaise, sa veste sur un cintre et le temps pris à déguster sa viennoiserie au lieu de me dévorer comme petit déjeuner.

Finalement, une fois fini, avec un sourire timide il attendait un geste imperceptible lui donnant accès à mon anatomie tant désirée. Je souris et l’embrassais enfin en lui disant de venir et en pensant in sotto un brin frustrée, surtout, tu ne lui attrapes pas la queue ! Quel dommage ! non ! le menu était composé de petits baisers échangés doucement, de façon guère tumultueuse, puis il plongea enfin et s’engouffra la tête entre mes deux seins, s’amusa à poser mes seins sur son visage, s’empêchant ainsi de respirer.

C’est vrai que l’air des montagnes se raréfie mais là il avait la tête enfoncée dans la vallée tandis que les mains étaient agrippées aux pics vertigineux mais hélas il n’y eut aucun planté de bâton pour marquer son territoire. Non, là,il haletait joyeusement tandis qu’il suçotait mes tétons de manière fort agréable.

Je commençais à trouver ce moment particulièrement plaisant tant il y mettait du cœur à l’ouvrage et j’attendais au vu de sa respiration syncopée les fameux sutras du nichon mais rien ne venait. Voilà qui était absolument décevant !

Ce fut donc moi qui commença perversement à susurrer à l’oreille de mon plongeur des profondeurs tandis qu’il remontait à la surface prendre l’air un « gros seins, gros seins ». L’effet fut net et instantanée ! il sursauta et gémit de désir alors maladroitement il scanda 5- 6 fois ces mots, comme un blasphème honteux mais si émoustillant et arbora une magnifique érection ! hélas, comme Moïse j’étais condamnée à regarder et non à toucher la terre promise.

Nous restâmes à jouer sur les dunes, lui inondant plusieurs fois de plaisir son terrain de jeu favori tandis que j’observais ce moment dans un plaisir mâtiné de frustration.

11h45, il se leva d’un coup, me disant tout de go « je dois y aller, à bientôt j’espère « et expédia un dernier baiser .

Je partis à mon tour pour la gare, tapotant un texto pour le remercier de ce délicieux moment. Je ne reçus de retour que le soir à 22h30 tandis qu’il promenait bibi son chien. 

Dans un long monologue, il me décrivit sa journée : il était arrivé à l’heure à son travail, se sentait fatigué, que j’avais des seins qui étaient impressionnants et que nous pourrions nous revoir dans 3-4 mois, qu’il ne pouvait pas venir à paris c’ était bien dommage.






Tandis qu’il marquait une pause et interrompais enfin son record d’apnée, je pensais à encore une fois le remercier de ce moment bien agréable ainsi que pour ces jeux mammaires et ces baisers. 

Il me répondit alors abruptement un : « oui c’était bien mais tu as la langue dure ! »

Pardon ?

Je demeurais coi moins de la cuistrerie que d’étonnement, que signifiait la langue dure ? visiblement elle n’était pas assez souple ! voilà qui était un brin vexant mais que pouvais-je dire ? je balbutiais un malheureux « ah ? » en me sentant punie d’avoir été aussi faux cul en le complimentant ! Cela m’apprendrait. 

Le lendemain, je reçus un long mail m’expliquant qu’il aimerait s’impliquer dans un projet avec moi comme la création d’un site web…L’idée était amusante et nous décidâmes de créer une galerie en ligne. Retournée à l’histoire de l’art m’amusait assez encore fallait-il que nous partageâmes les même goûts ce qui n’étaient visiblement pas le cas. Coïtus interrompus du projet qui échoua aussi rapidement qu’il avait été énoncé.

Pendant quelques temps, je reçus régulièrement de ses nouvelles, dans de longs monologues avec lui-même dont je n’avais de place qu’une écoute complaisante. Il ergotait sur de longues lapalissades sous un ton docte qui commençait à m’ennuyer tout en ponctuant parfois de quelques vacheries et de considérations prosaïques sur les 304, 50 euros que je lui avais coûté et qui le mettait aujourd’hui un peu dans l’embarras financier.

Un jour, agacée de ma passivité à son sujet et de ses remarques, je lui reprochais ce ton docte, petit professeur,sur de grandes évidences et cette immense faculté à sous-estimer la culture ou l’intelligence de son interlocuteur, c’est-à-dire moi !

Il m’écouta avec attention et m’avoua que ce n’était pas la première fois qu’on lui faisait cette remarque, il ne s’en formalisa pas mais justifia sa muflerie de peur que je puisse tomber amoureuse car sa dernière maîtresse et lui avait eu un investissement sentimental qui avait failli détruire son mariage.






Décidément, tous les hommes se croyaient-ils irrésistibles ?

Je pensais donner une apparence libre et libérée même si à l’écoute de l’autre, je devais avoir encore quelques lacunes de la psyché humaine car on confondait allègrement mes contemplations solitaires à une âme de midinette bien éloignée de mon monde onirique.

il n’y avait que très peu de risque que je ressente la moindre humeur vagabonde à son sujet ! Je lui annonçais avec diplomatie mettant en avant mon peu d’inclinaison pour les folles passions et mon dégoût de l’hystérie sentimentale. Je pense qu’il ne me crut jamais mais, lui-même lassé, petit à petit, il déserta notre correspondance à mon grand soulagement…des monts fantasmé, je ne voulais pas devenir un bouche trou avec encore une fois un roi du soliloque.

Un soir alors qu’il m’appelait je le surpris en murmurant sa litanie préférée, il demandait grâce trop ému et effrayé d’être entendu dans ses plaintes sensuelles, honteux devant le regard énamouré de Bibi. 
Sadique, je n’arrêtais pas, modulant à chaque halètement un gros nichon mâtiné de gros sein jusqu'à entendre impuissant devant ma perversité sa petite mort au bout du fil. Ce fut sans doute le gros sein de trop : la messe étant dite, nous pouvions aller en paix, et, mes pas, mon esprit, et même mon cœur se tournaient déjà avec un enthousiasme et une exclusivité juvénile vers la perfide Albion !