samedi 27 septembre 2014

Maux croisés d'une relation

Quelques mois après l épisode de mon trio légendaire, avec mon amant et Michelle, cette dame si bien, si élégante, si comme il faut... je me retrouvais plongée dans un grand désarroi.
Je me sentais en effet paniquée car je voyais peu et surtout de moins en moins mon amant dans l'intimité... le RDV mensuel devenait plus facilement bimensuel malgré ma faim constante à son égard.. . Il semblait me manifester certes une égale gentillesse et indulgence mais matinée d'une atrophie du mot doux et à mon grand désarroi paraissait de moins en moins intéressé à grimper et escalader le mont Busty. 

Cela malheureusement faisait écho chez moi à moult angoisses et névroses dont ma peur de l'abandon, de ne plus être aimée ainsi que le sentiment constant de ne pas être à la hauteur, d'être le vilain petit canard, un bluff permanent, ne valant pas la peine de la moindre attention... du coup, son manque d'empathie sertissait ainsi cruellement mon besoin d'être sans cesse rassurée affectivement aggravé depuis quelques mois où avec tristesse et désillusion, j'avais aperçu  dans le regard de celui aimé une absence de désir qu'il  n'arrivait même plus malgré sa politesse à me cacher . J''avais alors goûté à l'amertume d'être prisonnière de l'image renvoyée  par  mon enveloppe physique trop imposante et qui ne lui convenait hélas plus. 

J'avais ensuite, du coup, beaucoup maigri mais malgré la perte d'une trentaine de kilos afin de correspondre un peu mieux à ses envies et son affabilité , nous étions dans un ronron où je ne devenais inexorablement qu'une amie, sa seule amie servant à combler le vide de sa solitude affective et intellectuelle.

Nous vivions également cette dichotomie dont parle si bien les romans de Stendhal entre désir et sentiment et ce désastre d'associer le ludisme à la tendresse. Mon cher et tendre m'adorait et cela paradoxalement ternissait souvent son désir à mon endroit. Se croyant assez dominateur et moi ignorante des us et coutumes BDSM et peu encline à les tester au début de notre relation par peur de la douleur, il s'était contenu dans ses envies  pour ne pas m'effrayer, puis lorsque vint ses inclinaisons affectives il lui parût impossible de concilier ses fantasmes d'humiliation ou de domination avec une personne qu'il aimait. 
A l'inverse, par curiosité et sentiment, je m'interrogeais sur un monde libertin et sadien bien plus complexe que je ne le présupposais et que lui même ne le vivait... ces jeux de rôles et ce rapport de lien absolu entre domination et soumission  me fascinait . De "chéri fais moi-mal" et des jeux scatos et de douleurs qui me répugnaient, que je craignais et que j'imaginais, je découvrais une variation de la dialectique hegelienne passionnante dépassant de bien loin mes a priori et renouant surtout avec mes fantasmes de geisha qui m'avaient tant troublée adolescente.



Bon. il semblait évident que ce ne serait pas avec lui que je vivrai ce genre de jeux érotiques. J'avais suffisamment de fantasmes et d'envies sensuelles et charnelles pour ne point regretter cette histoire tomber à l'Ô. 
Hélas, pour son désir monsieur gardait ses tournures épistolaires qui m'avaient tant fait frémir les premiers temps pour d'autres, les petits compliments à une multitude de charmantes donzelles toutes plus vulgaires les unes que les autres qui alimentaient joyeusement ma misandrie et ma jalousie d'autant que le ludisme sadique de mon amant jouait sans cesse, avec délectation, sur la ligne de rupture de ma jalousie et possessivité... aimant à pousser à bout ma patience déjà rudement ébranlée.

J'avais ainsi découvert ébahie plusieurs comportements  notables: celui avec la peste infecte qui amusait mon amant, le faisant fantasmer sur son envie de la dominer et l' humilier dans l'intimité ... quelle joie de fesser, pincer, cracher, uriner sur cette garce qui le narguait ainsi, quel plaisir ressentirait-il au moment de renverser les jeux de pouvoir...
Il y avait aussi celle qui se refusait obstinément tout en encourageant ses compliments: ah! le "non! non" qui allait se transformer enfin en un "oui , oooh ouiii" suppliant, quelle jouissance de pouvoir dresser cette farouche jument pour ensuite gentiment la violenter...ce fantasme du viol, du non qui devient oui ressentant soudain le plaisir de "l'amant d'exception" que monsieur était.
Le trophée (ou les trophées) insipide si ce n'est pour son enveloppe extérieure et qui donnait ainsi libre court à son plaisir nostalgique de la chasse et de l'exhibition , placebo exaltant au désarroi de l'âge mur de plus en plus accentué et de l'ennui d'une routine mortifère.

L'indulgence de mon Don Juan pour la gente féminine m'effarait: comme chez beaucoup de ses semblables, un simple compliment mielleux et la demoiselle était sanctifiée....je ne comprenais pas, pourquoi depuis l'enfance on nous conditionnait pour que la bienveillance, la compréhension, la tolérance, fidélité, loyauté deviennent nos idéaux  alors que c étaient bien les pestes roublardes qui déclenchaient la liesse de ces messieurs!  Le troupeau des bravasses dont a mon grand dam, suite certainement à une réincarnation antérieure de labrador, je faisais partie n'avait qu'à subir les représailles de ces admirateurs floués!Question de karma. Ainsi, du coup si vous n'étiez pas vénales voici que messieurs devenaient avares , sans jamais la moindre attention pour compenser un ancien mauvais goût restant (pour une fois qu'elle ne me harcèle pas pour voir tel ou tel cadeau, je ne lui donnerai rien), vous ne jouiez pas à la petite chose fragile remuant les ardeurs du mâle alpha? on vous laissait copieusement vous noyer dans la fange dans la plus totale indifférence...

J'étais déjà depuis longtemps misanthrope, le net et les réseaux sociaux m'apprirent à parfaire ma misandrie: ce cercle dantesque où chacune s'observait dans une rivalité existentielle des plus aliénantes: "l'enfer c'est les autres" avait dit Sartre ...oh oui! mais surtout enfermée en huis clos avec mesdames... entre celles qui frémissaient à chaque manifestation de popularité autres que les leurs  ou celles vous épiant pour se rassurer (elle fait plus vieille non? plus grosse?) comme si l'autre était un coup de baguette magique: cette femme est laide...bing je deviens belle! 


Celle-ci est plus jolie? arf...bing me voici enlaidie!
 J'avoue n'avoir jamais compris la rivalité féminine et ce besoin systématique de se comparer...étouffant et sclérosant...sur les réseaux sociaux je me sentais parfois tellement acculée que je développais un besoin irrésistible de justification dès que je mettais en ligne une image flatteuse de mon humble personne...comme honteuse qu'elle puisse plaire! c'était un cercle vicieux:  manquant de confiance, ayant besoin soudain de séduire, plaire, charmer je mettais joyeusement, comme une sorte de litanie, toujours et encore, une photo flatteuse puis, subitement, suite à quelques critiques ou remarques bien acerbes, je me sentais obligée de me justifier de mon narcisse (qu'importe d'ailleurs si la plaignante avait elle-même dans son propre "mur"  une myriade d'images sur elle et les autres; ah mais c était différent car pas un vilain selfie de soi à soi, mais simplement une mise en situation, avec autrui ou un pot de fleurs justifiant et excusant cette présence).
Bref,  j'étais obnubilée à la moindre image...surtout de ne pas retoucher la moindre lumière et de m'excuser de ma faille narcissique en expliquant avec vergogne au moindre succès (pourtant évidemment espéré) su'il s'agissait d'une photographie honteusement flatteuse, que je ne ressemblais pas à cela,  essayant ainsi d'amoindrir le glamour recherché et de gâcher l'effet escompté: presque à devoir déclamer et me flageller tel un pénitent si on me complimentait sur ma peau que j'avais des crises d'eczéma l' hiver parfois...
Du coup, au moindre compliment je rougissais de plaisir avant de me mortifier quasi immédiatement de ce vilain bluff. Pourtant, je savais que la vérité objective de l'image n'existait pas. Point besoin de Photoshop pour savoir que certaines lumières, angles adoucissent ou durcissent le visage, affinent ou empâtent...l'image n'étant qu'un point de vue figé de l'autre,une vue de l autre.

Dans ce jeu de comparaison, je détestais notamment l'attitude d'une femme que j'avais connu sur le site de size acceptance où je traînais. Mon animosité avait débuté lorsque je me mis en couple avec mon ancien compagnon. Ce dernier, bien que fort charmant ne plaisait pas : trop chevelu, trop maigre, trop docte et pas assez à la mode et très loin de ces jeux d'amour courtois. Curieusement, dès que l'on connu notre relation, une singulière popularité apparu...l'homme était en couple il devenait une denrée intéressante! un peu comme un étal sur un marché...dès qu'une personne s'y arrête, d'autres passants s'arrêteront intrigués par leur curiosité ..à moins qu'il s'agisse d'une stratégie souvent usité dans mon quartier pour les restaurants chinois et vietnamiens de Belleville: si vous voyez des gens et si possible asiatiques dans le restaurant, c'est que c'est là qu'il faut s'y arrêter, un gage de qualité!


Bref, une de ces femmes notamment avait poussé le culot au point d'être alors très explicite avec mon "rouleau de printemps", lui proposant tout bonnement de la rencontrer pour choisir qui était la mieux entre elle et moi. J'avais été atterrée lorsque mon compagnon peu sensible à cette proposition, m'avait lu en gloussant le mail de la donzelle et je n'avais jamais oublié malgré quelques années séparant cette anecdote et "une entente cordiale" établie .Du coup, je frémissais de rage lorsque mon amant roucoulait par mail avec cette dame qui ensuite venait curieusement me contacter par skype en gloussant pour me conter innocemment combien c était gênant l'insistance de mon cher et tendre envers elle et combien il était disert en compliments! Génant? non point parce qu'elle savait pertinemment que je sortais avec lui...oh non!  mais seulement d'être ainsi considérée depuis tant d'années comme une icône de beauté par ce monsieur!
Pensant que l'indifférence était la pire des punitions, je restais calme et stoïque, trop orgueilleuse pour me montrer devant elle blessée et lui accorder sa récompense avant de bouillir auprès de mon amant ... je n'aimais pas qu'il badine avec elle certes mais je détestais ses réactions: qu'il soit outré que je puisse supputer que la demoiselle n'était peut être pas si candide  en venant me raconter ses ardeurs alors qu'elle n était avec lui que douceur et bêtises ...il pensait  que mes réactions épidermiques n'étaient vraiment pas digne de moi et qu'il serait temps que je refrène ma paranoïa et mon petit côté conventionnel!

Ben merde alors! du coup, je me sentais mise en danger et développais  pour la première fois certains élans de jalousie. Je n 'étais pas sa femme mais sa maîtresse mais dès que je n'avais plus de nouvelle, je commençais à douter l'imaginant dans les bras d'une autre. Qu'il ait d'autres rencontres je pouvais encore le comprendre ! certes avec difficulté, mais la pillule devenait franchement amère quand je pensais qu'alors que je m'imposais pour lui une stricte fidélité et que je rongeais les freins de mon abstinence de plus en plus pesante,  monsieur batifolait avec des connes qui le désirait juste par désir torve de se comparer et de m'emmerder...ça ça me rendait folle! Sous-estimer mon intelligence et ma capacité d'analyse en minorant ses écrits et leurs impacts également!

J'avais tellement peur de le perdre que moi qui me refusais à tout élan d'agressivité, voici que je haussais le ton suspicieuse,  de plus en plus acide et fréquemment, au point que las de mes remontrances, je reçus un jour d'été un sms m'expliquant laconiquement la fin de notre relation. Malgré son amour  pour moi , je devenais trop étouffante à force de suspicion et il préférait ainsi mettre fin à notre relation avant qu'elle dégénère.

J'étais anéantie!