dimanche 29 mars 2015

Les versets sataniques


Après quelques années de rupture avec le site de size que je modérais, le Pulpeclub, voici que par ennui et mélancolie de le voir dépérir dans une quasi indifférence je retournais m’y inscrire. J’abandonnais le pseudo usé et trop connu dans ce lieu de bustydoll pour celui plus récent de la Walkyrie. 

Les joueurs de poker et notamment une amie blogueuse m’avait baptisée ainsi pour la légèreté de mon jeu et de mes relances, mon physique peu latin, mon prénom et cette habitude de ne jamais dire Lol au profit de « rires » bien plus élégant et français, of course !

Le forum s’enlisait dans une indifférence généralisée, trop obsolète il était délaissé pour facebook, twitter and co. 

Je ne voulais pas le laisser dépérir et prise d’un enthousiasme quasi hystérique me mis à parsemer les forums de sujets à la valeur philosophique douteuse

Langage et sexualité
  Postéà 20:08 par la-walkyrie
  
parlez-vous avec votre ou vos partenaires?

beaucoup de gens n'osent pas forcément de peur de blesser ou par pudeur...vous est-il aisé de décrire vos envies, fantasmes mais aussi vos tabous?

Mentez-vous parfois?

bref pour vous quel est votre rapport entre sexualité et langage? faut-il tout dire ou garder une part secrète afin d'alimenter aussi le désir?

J’eus ce soir-là, dans ma boite privée un message d’un jeune homme, Denis, qui s’excusait de venir ainsi frapper à mon huitre mais ne pouvait pas raconter son secret en public car oui! le langage pour le monsieur était essentiel mais non! pas pour dialoguer mais plus dans le fantasme de certains mots.

J’étais intriguée devant les multiples hésitations de mon interlocuteur et acceptais de discuter avec lui loin de ce site, sur mon mail privé condition sine qua none pour m’avouer son terrible fardeau.

Je spéculais en ouvrant mon mail sur ces mots magiques, étaient-ce de l’ordre du classique : « Je t'encule Thérèse, je te prends, je te retourne contre le mur, je te baise par tous les trous, je te défonce, je te mets Thérèse » ou un plus easy going « t’aimes ça hein cochonne ?! »





Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre dans sa lettre d’autocritique que Denis était mazophile et que son fantasme absolu était de réciter à l’oreille de son amante une litanie : « gros seins ! gros seins ! gros nichons » tandis qu’il allait et venait entre ses reins ou dans une variante plus à propos ses mamelons… 

Fi de Thérèse, nous étions plus dans la psalmodie sacrée et infinie ainsi que dans un jeu de masques digne du Livre de Sable de Borgès.

J’explosais de rire, amusée en imaginant une voix de fausset perverse, altérée de désir me déclamer sa prose obsessionnelle. Je devais impérativement rencontrer ce monsieur !

Malheureusement, il vivait au fin fond de sa Bretagne et même si amusée et intriguée devant tant d’extravagance bon enfant, je me refusais à payer un aller au retour pour écouter cette sérénade. Qu’à cela ne tienne, mon interlocuteur particulièrement excité par mon 120H de tour de bonnet proposait de m’offrir, l’hôtel et le voyage pour enfin assouvir cette envie honteuse qui le tourmentait depuis tant d’années.

Je refusais tout de go, ne le connaissant pas. Si je n’apportais que peu d’importance à l’argent, n y voyant qu’un confort certain, je me rappelais bien cette étude en psychologie démontrant combien la plupart des hommes prenaient comme un oui sous-entendu lorsqu’une femme acceptait de leur laisser l’addition. A partir de là le comportement changeait plus conquérant puisque vous avez accepté le troc et appartenait de fait à l’acquéreur.

Alors un train et un hôtel offert par un inconnu cela avait certes un aspect ludique et fantasmatique mais si glauque…nous n’étions finalement pas loin de la prostitution.

Il fallût plusieurs mois pour que de guerre lasse, j’accepte enfin cette proposition. Nous avions longuement échangé et discouru, s’étions x fois téléphoné et je ne ressentais aucune angoisse à le découvrir.


Mon amant parisien, DJ avait disparu dans les limbes de ses anciennes conquêtes et au lieu de badiner, après 6 ans de relation, ergotait par téléphone, journalièrement sur les vertus du carrelage de la maison qu’il avait acheté, des qualités et défauts de toutes les races canines imaginables qu’il souhaitait acquérir de peur d’être agressé et cambriolé dans son antre mais en même temps ayant une peur viscérale des chiens, le choix de son futur compagnon était délicat et propice au fil rouge d’une conversation de plusieurs mois car si un doberman ne lui semblait pas une si mauvaise idée, il semblait par ailleurs tétanisé de peur devant un chiot bichon…



Bref, à 48 ans la libido de mon amant semblait n’être qu’un vieux mirage édulcoré et monter chez moi, au 4ème étage sans ascenseur pour honorer sa maîtresse trop replète lui paraissait demander une énergie physique et imaginative disparue depuis bien longtemps…Au point que malgré mon inertie habituelle et ma phobie de l’abandon, un jour de guerre lasse, je décidais enfin de changer d’angle d’horizon et acceptais cette invitation.


A l’instant précis où j’envoyais mon mail marquant mon accord, pour finalement venir déguster quelques crêpes, Denis m’envoya immédiatement une sorte de devis tout établi du jour, train et hôtel …tout semblait avoir déjà été depuis longtemps pré réservé, je n’avais qu’à prendre un rtt et le rejoindre… Bon, bien sûr je devais arriver un dimanche et pouvais choisir entre le début d’après-midi ou de soirée et repartirai un lundi matin car Denis , en homme marié ne pouvait s’accorder qu’une matinée. 

Un peu engoncée dans ce voyage organisé peu en adéquation avec mes us et coutumes, je choisis néanmoins dans ce programme l’option début d’après-midi pour découvrir Rennes que je ne connaissais pas. Le lendemain, je reçus alors une gentille lettre m’expliquant combien en homme gentleman et afin que je sois le plus heureuse possible il tenait à me faire voyager en TGV première classe. Il était comme ça lui ! Mouais ! et qu’il avait réservé dans un hôtel Mercure une belle chambre car il pouvait s’offrir de temps en temps quelques menus plaisirs…

Il me rappelait un ami photographe qui lors de notre première rencontre me mit une cuillère dans la bouche d’un excellent caviar en me disant déguste-le, ce que je m’empressais de faire mais au moment de le savourer me dit « tu sais combien ça coute une bouchée comme ça hein »…le plaisir sensuel devint tout aussitôt une douche froide devant une telle vulgarité et je faillis lui dire que ses œufs de limpes étaient pas si mal tant j’abhorrais son contentement de soi.

Pour mon mammophile convaincu, je commençais également à regretter d’avoir dit oui car toute la galanterie du geste s’effaçait devant autant d’autosatisfaction…par ailleurs je n’osais pas lui dire que j’aurais mille fois préféré un hôtel pittoresque miteux que ce genre d’hôtel confortable mais si informel qui ne m’inspirait qu’une profonde indifférence.

Les mails défilaient et se ressemblaient ponctués de gros seins, gros seins, gros nichons qu’il se permettait enfin d’égrener au fil et à mesure de notre correspondance. Une fois, le billet et hôtel réservé, il m’expliqua également que si il voulait enfuir sa tête dans ma poitrine et dormir dans son opulence, je devais surtout jamais, mais au grand jamais toucher sa queue.

Hein ? Oui!car il avait un phimosis!! ! Mince et son sexe était si sensible qu’un simple effleurement lui était douloureux.

Moi qui n’était pas d’une habilité et légèreté dans mes mouvements reconnues, je sentais la jauge d’angoisse s’accroître à mesure de ses explications…Pas de main au panier en embrassant, pas de gâterie en apéritif…voilà qui modifiait radicalement le menu de mes petits plaisirs…pas de pénétration ! J'espérais que les crêpes bretonnes étaient aussi bonnes que célèbres parce que je sentais que je n’allais pas faire abondance de débordement orgiaque. Moi qui aimais le lâcher prise animal voir parfois bestial j’allais devoir surveiller mes mains pour servir exclusivement d’oreillers au Monsieur. ô combien fantasmatique ! En plus le matin, à 6 heures du matin (j'avais négocié pas avant) afin m'expliqua t-il avec bonhomie qu'il puisse rentabiliser son demi rtt et ma venue...Oui! je me voyais déjà assoupie, lui en apnée entre mes seins... après les coussins péteurs madame invente les coussins ronfleurs! le romanesque autant que le débridement des sens allaient être au rdv c'était chose sure!

Heureusement, que le cocasse et la psalmodie incongrue des nichons allaient compenser ce menu de régime véniel.