jeudi 13 juin 2013

Orgueil et préjugés

Déjà plusieurs semaines que je jonglais entre les visites hebdomadaires de Frédéric, le mardi matin et celles de plus en plus épisodiques de Felipe...et plus je connaissais mon kiné motard plus je l'appréciais pour sa gentillesse, son humour, sa générosité, ses attentions et attendais ardemment nos rdv  et par effet de miroir, plus l'image de Felipe s'écornait après quasi un an de rdv ratés ou médiocre et de désillusions.

Je n'avais pas promis fidélité à Frédéric qui me l'avait d'ailleurs jamais demandé mais pour la première fois, je me sentais dans un cocon de bien être qui ne me donnait aucune envie de chercher ailleurs et de rechercher une autre présence... que se soit affectivement comme charnellement j'étais dans un cocon que je goûtais avec délice.

Le kiné comme je le surnommais lorsque je parlais de lui avec mes amis, était assez étrange et intéressant,  il refusait notamment de m'avouer  son nom dans une sorte de jeu que je trouvais injuste puisqu'il connaissait le mien et mon adresse...était-il donc marié? mes amis se gaussaient de ma candeur mais, pourtant, il paraissait tellement sincère lorsqu'il se déclarait célibataire et  selon lui, il ressortait d'une relation de plusieurs années assez traumatisante avec une doctoresse nymphomane qui après 9 ans de vie commune et apparemment sans histoire s'était fait surprendre à la vue de tous et lui avait avoué alors ses moult incartades.

Cela avait quelque peu refréné la libido de mon amant et notamment hélas certaines facultés érectiles que le latex n'améliorait pas mais qu'importe, il semblait aussi joyeux que moi à venir s'occuper de moi, me masser et caresser avec ses mains et sa bouche pendant des heures... et s'occuper de mon ordinateur à m'offrir tous les programmes que je désirais car passionné d'informatique.

Un jour Roland, qui avait un souci avec l'imprimante pour un de ses book artistiques vint chez moi à midi. juste après un de mes rdv avec Le kiné, qui du coup  resta un peu plus longuement, fort civil et souriant, et s'offrit de l'aider, très à l'aise devant mon meilleur ami et son côté dandy.

Il l'aida tout naturellement. En revanche,  je n'osais ce jour-là regarder Ronan que je percevais violacé et cachant un fou rire en se tortillant derrière notre dos. Quand mon amant fut parti, nous explosâmes ensemble de rires afin d'évacuer une certaine pression...c était la première fois que mon ami rencontrait un de mes amants et ne fut pas  déçu... Roland hurla de rires me taquinant et me disant que euh physiquement, disons euh qu'il ressemblait à monsieur Darty.
Un peu remis de nos émotions, quelques minutes après, nous décidâmes d'aller au café du coin prendre un brunch quand dans l'escalier nous croisâmes Felipe qui montait à l'improviste chez moi. Ronan se tordait de rires devant cette nouvelle rencontre et le vaudeville qui aurait pu à quelques instants près se dérouler ...il nous abandonna, me chuchottant qu'on se verrait bien ultérieurement... d'ailleurs, quelques heures après,  par téléphone, il me commenta sa rencontre avec mes deux amants dans ces termes:
"C'est sur que Felipe est une reine de beauté en comparaison de monsieur Darty mais bon, ils ont pas la même utilité hein?"

Non en effet, il y en a un  pour qui moqueries a part j'éprouvais une réelle affection et l'autre une certaine distraction...D'ailleurs, nous arrivions bientôt en avril et  je songeais, fantasme absolu, à préparer une grande fête avec tous mes amis. Ma cousine et amie d'enfance  qui connaissait l'existence de mes deux amants, me demanda  de fait qui j'allais choisir à présenter ce jour là ne pouvant élégamment convier les deux. J'hésitais deux secondes, puis je citais Felipe ce qui fit à mon grand dam ricaner ma cousine: "En fait tu prends le beau et laisse le moche même si tu le préfères? c'est cela?"
"-Absolument pas! je n'étais pas comme cela! Si j'invitais Felipe c'était bien parce que nous avions les même références et qu'il se sentirait bien plus à l'aise"  répliquais-je vertement et un brin vexée...pourtant , à la réflexion, je naviguais dans différentes sphères socio-culturelles sans le moindre problème et voulais inviter tous mes amis sans soucis de castes ...alors pourquoi ce choix si ce n'est induit par un préjugé esthétique?

j'avais beau toujours avoir critiqué et refusé les notions de faire valoir, moi qui vivais cette situation de la grosse bonne à baiser mais surtout pas à montrer, je découvris à cet instant-là, avec amertume et stupéfaction que je n'étais pas exempte d'un certain snobisme et que effectivement moi aussi, en choisissant Filipe malgré ma totale indifférence à son égard, je ne souhaitais inconsciemment qu'une chose, un faire valoir! je voulais montrer à tous, quel mec je pouvais me taper...regarder la grosse vilaine dame et bien elle se tape un méga canon...


Je crois qu'en découvrant cela, je n'eus jamais autant honte de moi-même et que cette bile âcre de conscience  m'écœura par la suite de tous critères de choix esthétiques même si je pouvais plus omettre et sous-estimer une certaine dépendance au regard et jugement des autres... qu'importe, j'aimais le corps du kiné même si objectivement il était laid mais mes amants n'étaient pas des objets à cacher ou exhiber...

Ce soir là, après cette découverte, je comprenais pourquoi j'avais tant attendu de rompre avec mon apprenti architecte au teint si délicieusement caramel et  je décidai de mettre fin totalement à ma relation avec lui pour me consacrer exclusivement à Frédéric avec qui je me sentais si bien...

Ce que j'appréciais par dessus tout était chez lui c'est que lorsqu'il y avait des couacs et chez monsieur grosses couilles il y en avait, il ne dramatisait jamais et nous pouvions en rire, nous en amuser... nous rions de tout, de nos échecs répétés dans la pose du préservatif et  la survie de son timide phallus, de nos galipettes, de nos blagues...j'étais si  lasse de l'orgueil du mâle dominant surtout quand dépité devant son morceau de latex flagellant comme mon gérontophile, de leur pietre performance et devant se justifier mille et une fois ou envoyer pour se protéger quelques petites remarques mesquines et perfide afin de se consoler de leur orgueil machiste blessé...Frédéric était le contraire
Et puis dans les bras de ce colosse je me sentais pour la première fois une petite chose presque fragile qu'il tournait et retournait sans le moindre effort...

Quelques jours auparavant il m'avait expliquait ne plus rechercher de rencontres, il avait l'oeil qui frisait en me disant cela et m'avoua qu'il se sentait comblé et puis profondément pudique il voila son émotion avec humour et autodérision..."tu comprends, en plus, si toi tu as 100 réponses de mecs  par jours et tu donnes avec magnanimité suite a une personne, ben moi, c'est le contraire...j'écris 100 messages pour qu'on daigne peut être me donner une réponse, du coup ca n'a plus le moindre interêt..et trouverai pas mieux."
effectivement, injustice évidence entre la gente masculine et celle féminine aux niveaux des rencontres, car si le net pour la moindre fille, laide ou jolie se présente comme un hypermarché de la rencontre et du sexe...pour les hommes nous avons une épicerie en tant de guerre et les tickets de ravitaillements pour nos pauvres affamés se font rare.



Quelques mois après de notre rencontre, vint donc mon fameux anniversaire, je n'avais finalement choisi de faire aucune party après avoir découvert mon autoportrait de Busty Gray et ses zones d'ombre...
Pour festoyer finalement je ne souhaitais que le voir et il arriva ce jour-là les bras pleins de cadeaux...il s'était rappelé que mon parfum fétiche était l'eau d'Issey Miyake et m'avait acheté non seulement l'eau de parfum en énorme bouteille, mais également le lait pour le corps et le gel....une fortune...je n'avais jamais reçu de cadeaux de mes amants et point l'habitude de ce genre d'attentions, étant peu dans le badinage et la parcours du tendre...
 Pourtant combien les attentions et galanteries me manquaient
C'est amusant d'observer combien lorsque vous n'êtes point vénales ni intéressée, les hommes ne font pas le moindre effort, vous n'êtes pas peste? inutile alors d'être gentil...

Je me souviens l'amertume lorsqu'une connaissance aisée peu de temps auparavant monta sur Paris. J'étais fort inquiète car le monsieur n'avait point l' habitude des snacks et avec mon chômage je n'étais guère à l'aise avec ma bourse. Nous devions également nous restaurer avec une amie qui vivait en couple et connue pour ne pas avoir le moindre sous. Au lieu de tous manger chez moi ce que je comptais proposer pour éviter une facture lourde, il me demanda comment allions-nous faire pour soulager notre" pauvre" amie commune et si nous devions annuler pour ne point la mettre mal à l'aise. Je refusais sachant combien cette amie attendait ce dîner avec impatience et avait déjà sélectionné le restaurant aussi je fus un brin surprise de ses propos qui n'étaient point du tout  ceux que j'avais échangé avec elle... persuadée qu'il nous offrirait le souper san sle moindre embarras...mon étonnement fit place à l'atterrement le midi lorsque je découvrais le restaurant choisi, fort cher et bien au-delà de mes sorties habituelles...  je n'osais pas fierté oblige lui dire que j'avais encore moins d'argent qu'elle, et du payer en rançon de mon orgueil et mon silence la moitié de la note... tout cela parce que je n'avais pas voulu  abuser de son argent et de la situation...je n'avais pas gémi ni fit du chantage affectif ni minauder...aurais-je du moi aussi jouer d'une fausse pudeur mais vraie stratégie du ...oh juste une entrée alors dit avec componction...c'était toujours les même qui gagnaient, qu'on pleurait, qu'on aidait, qu'on aimait, qu'on gâtait... aussi quand je reçus le cadeau de Frédéric je me mis à pleurer tant j'étais touchée et émue de sa générosité à mon égard alors que je n'avais rien demandé, juste il était attentionné , nous couchâmes ensemble cette fois-ci sans le moindre souci de manière répété, visiblement ma joie avait déverrouillé la cage de chasteté invisible qui enserrait son sexe depuis sa rupture et suite à ce sur plein d'émotion, avec un enthousiasme et saturée de volupté , de reconnaissance et de joie, je lui susurrais pour la première fois les fameux mots magiques: je t'aime.



Cela refroidit immédiatement l'atmosphère et il me répondit doucement un " merci c'est flatteur."..je sentais une douche glacée se déversait en moi tandis que me demandais ce qui avait bien pu me passer dans la tête et luttais pour contenir mes larmes... il me murmura tout en me massant qu'il lui fallait un peu de temps

je retrouvais suite à cet épisode Roland tellement marquée que même si je restée coie, nous voulant pas lui conter ma déconvenue sachant à juste titre que ma conscience allait m'engueuler, au bout de 30 mn il me dit à brûle pourpoint: "bon, alors qu'est ce que t'as fait encore comme connerie? t'es enceinte c'est ça?"
"nooon"...et lui racontais ma mésaventure et mes mots... Roland m'engueula encore plus que prévu, en me disant "mais enfin tu sais bien que tu l'aimes pas ce type, tu aimes le moment la bulle qu'il te procure, mais lui tu le connais pas, tu sais même pas son nom...vous échangez rien si ce n'est un bon moment...tu aimes ce moment, pas ce mec, imagine qu'il t'ai dit "moi aussi, vivons ensemble ma chérie, tu aurais eu l'air maline, non?"
je ne pouvais qu'opiner, j'avais été reconnaissante, aimais beaucoup Frédéric mais c'est vrai, j' aimais ce moment et non lui , finalement ce n'est pas mon cœur qui avait été punie mais mon orgueil... perversement, je voulais entendre des mots d'amour, avoir un pouvoir sur cet homme et avais provoqué par mes mots une réponse...qui n était pas venue!!!

Frédéric avait d'ailleurs tellement été bousculé qu'à mon retour, il avait eu un peu de temps et je reçus un mail très gentil m'expliquant que pour lui  ce genre de sentiment il lui fallait plus de temps et que c'était un chemin où il ne voulait plus s'engager et qui se faisait à deux... aussi avant que cela me blesse d'avantage il préférait cesser toute relation avec moi.

Ouch! j'avais tout gâché et pleurais à chaude larmes ces bons moments que dans ma théâtralité avait détruits, j'écrivis piteuse une lettre expliquant que c était des mots dépassant ma pensée et que je le rassurais, si je tenais beaucoup à lui je ne l'aimais pas mais dans un moment de bien être et de post coït avait eu cette envie de mots magiques et romanesques  inconvenants

il me répondit un "chouette alors" magnanime et nous reprîmes nos rdv hebdomadaires... l'année d'après de la gamme glamour des parfums devait avoir été soldé car à la place ,peut être suspicieux, il m'offrit une pince à seins, des menottes et divers jouets sexuels ...je ne lui dis pas les mots fatidiques et si ma surprise fut tout aussi grande, pas trop préparée à ces jeux, je sentis une reconnaissance moins éperdue tout en pensant, ma foi...pourquoi pas...jouons!.

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