samedi 15 juin 2013

Comment j'ai fait l'amour à un zombie guitariste de jazz

Nostalgie de ville oblige, j'ai un air ce soir du plus célèbre nain qu'enfanta la ville rose: Claude Nougaro qui me cogna et enfoui deux fois sa tête, ô chanceuse que je suis,dans mon torse surdévéloppé, dans les rues piétonnes du centre toulousain, con!



Cet air, me rappellera toujouts comment un peu avant ma rencontre décisive avec le kiné, ne voulant pas focaliser sur Filipe et ses allées et venues et va et vient alléatoires, je décidai de rencontrer un profil qui m'avait  peu de temps auparavant contacté et semblait savoureux.. un guitariste de jazz. 

Nous eûmes en fait, une correspondance express et il m'invita très rapidement à dîner au restaurant afin de faire plus ample connaissance. J'acceptai avec plaisir et lui proposai un lieu près de chez moi mais il semblait réticent à quitter son quartier pourtant à quelques centaines de mètres du mien. Après des âpres pourparlers nous décidâmes d'aller à mi chemin mais plus vers mon antre que le sien et il choisit un très bon restaurant gastronomique ... sympa! la rencontre promettait d'être belle et je me pomponnais et préparais avec soin et excitation. A l'heure dite du rdv, à la sortie du métro, je vis apparaître un homme à peine un peu plus âgé que moi, à l'allure décontractée et au physique agréable, avançant vers moi tout sourires.

Nous bûmes l'apéritif, papotant très vite comme de vieilles connaissances, et Christian, mon jazzman semblait très enthousiaste voire même dans une certaine euphorie naïve qui lui faisait apparaître toutes coïncidences comme autant de signes du destin: je ne mangeais pas de viande rouge, ça alors! lui non plus....je ne buvais pas de café, c'est fou lui non plus, je venais de Toulouse et avais l'accent du sud....incroyable lui aussi, sauf, léger détail, qu'il venait d’Antibes qui se situait juste à un peu moins de 500 km de la capitale occitane. Nonobstant ce léger détail, nous conversions tout sourires et entrain...il était super cool, et j'étais fort détendue, assez passionnée par son enthousiasme et sa culture musicale. il était guitariste professionnel et avait accompagné bon nombre de célèbres jazzman et ses anecdotes étaient drôles voir passionnantes.
A la fin du repas qu'il paya sans me laisser une seule chance de voir la note, je lui proposais avec entrain et une certaine lascivité de boire le digestif plutôt chez moi et il accepta joyeusement même si un brin déçu de ne pas me montrer son bel appartement qu'il venait d'acheter lorsque soudain , dans la rue, justement,   il s’arrêta net , s'écriant déséspéré: "ah merde! non! je peux pas! viens! on va aller plutôt chez moi, j'ai pas ma beuh et aime bien me rouler un petit tarpet à la fin du repas"

Il avait beau être cool et sympa je le connaissais à peine et refusais catégoriquement d'aller le premier soir dans un endroit autre que chez moi ou un hôtel..Je me voyais absolument pas débarquer chez lui d'autant que dans mes efforts de toilettes, j'avais mis une robe et un joli porte jarretelles vintage avec des talons pour agrémenter ma tenue mais qui nuisait fortement à ma démarche à moyen terme dans les venelles parisiennes.

Heureusement, je me rappelais que ma jeune sœur m'avait à sa dernière visite à la capitale, laissée un petit sachet d'herbes de nouvelle-Calédonie, d'une impressionnante qualité...provision que je n'avais jamais touchée ne sachant pas rouler les cigarettes a fortiori encore moins les pétards. Etant atteint d'un désordre neurologique bénin mais assez spectaculaire qu'on nomme "tremblement essentiel," j'ai les mains toujours vacillantes et fébriles tel un malade de Parkinson et pour ce genre d'opération subtile comme le roulement et tassement d'une cigarette , en dépit de toute velléité que je n'avais d'ailleurs pas, cela confinait à l'impossibilité de devenir un grave fumeur de substances illégales...mes tremblements me condamnaient à l'abstinence dans une paradoxe croustillant puisque souvent interprété par le quidam comme des problèmes d'alcoolisme...

Nous étions donc ce soir-là sauvés même si j'étais à dire vrai un peu désappointée de découvrir son addiction et qu'il soit à ce point dépendant pour ne pas remettre son joint à quelques heures après sa partie de jambes en l'air...peut être n'était-il pas finalement aussi parfait que je l'avais présupposé. 

Chez moi je lui proposais un verre, et il choisit une petite vodka bien frâiche,  pour se concentrer immédiatement et sans un mot à la création de sa clope très bio....je fumais et aspirais de cet artisanat que fort peu, sachant cette herbe très forte et ne souhaitant pas avec le stress être malade...ou trop affectée et voulu le prévenir de ses effets retors  lorsque très lentement avec une diction comme ralentie il me demanda si on pouvait tamiser la lumière et ne mettre que quelques éclairages diffus...

D'accord... je me retrouvais dans le quasi noir avec quelques boules de couleurs éclairées,  les volutes de fumée d'un pétard et un inconnu soudain coi ne me regardant pas mais dans le lointain...
"- ah ouais, elle est forte quand même" me dit-il tout en roulant un deuxième joint.

okkk... je commençais à trouver le temps long, et étais bien moins sous son charme à l'observer fumer dans une quasi pénombre... finalement, finalement, ça serait pas une si  mauvaise idée qu'il parte car ma libido avait un peu dévié des eaux tropicales vers le pole nord....et mon naturel assez volcanique pour se transformer en glacier réfrigérant...d'ailleurs comme pour décidément me contrarier, je le vis soudain me sourire avec un sourire ô combien moins subtil que lors de notre repas mais sans nul doute d'interprétation possible et je pensais "bon, ben nous y voilà, en voiture Simone" tandis que je me penchais pour l'embrasser...

J'introduisis ma langue dans sa bouche assez charnue, et commençait allégrement à tourner ma langue dans son antre lorsque au bout de quelques secondes, je devins dubitative me demandant s'il dormait ou s'il était mort tant sa langue était molle et baiser non passionné...un  étrange et caverneux hummm au bout de 20 secondes supplémentaires vint m'infirmer mes spéculations...j'étais juste réglée sur la trotteuse  et lui visiblement sur l'aiguille des heures dans notre quadran lingual...
C était très très étrange comme impression, je ne savais si c était excitant ou répugnant mais j'avais le sentiment d'embrasser un zombie non exempt d'une certaine libido puisque comme dans un contrepoint, un décroché, une blanche avec une jeu de contretemps, j'entendais un hummmm de métronome toutes les 30 secondes m'affirmant que le monsieur appréciait bien plus que moi nos baisers.

Mon zombie décidément très content de lui, avec une voix au débit de plus en plus lent comme si  nous étions entré dans la quatrième dimension psychédélique de Zappa et des herbes folles, me demanda si nous pouvions nous allonger sur le lit, et tout en se déshabillant d’éteindre la lumière...oula ca allait être compliquée pour mettre la capote et je n' avais pas du tout la moindre envie d’être plongée ainsi dans le noir avec mon zombie junkie à la voix chantante mais passée par inadvertance du 45 au 33 tours.
J' essayais donc d'allumer le néon rouge au dessus de mon lit que mes amis m'avaient offerts pour mes 30 ans et qui donnait une ambiance bordel ou fumerie thaïlandaise d'opium finalement très a propos... mais mon jazzman se mit à gémir que la lumière était trop violente et je dus m'incliner à mon grand désarroi à ne mettre la lumière que dans le salon.

Mince, je sentais bien que le pétard commençait à me rendre sacrément parano, et tailler une pipe à un zombie dans le noir n'allait guère aider à ma angoisse qui grandissait de manière exponentielle, surtout que tandis que j'étais au troisième huummm dans la minute de monsieur zéro de tension qui devait signifier à mon avis une sorte d'accélération extraordinaire, il allait bientôt jouir le bougre à ce rythme là... je venais, moi, de sentir une petite protubérance du bout de ma langue sur son sexe toujours hélas caché dans la pénombre et que soudain un dessin de Wuillemin m'obsédait...on voyait face au spectateur et de dos à jeune femme dans un lit, un homme avec un sexe couvert de pustules répugnantes dire à la demoiselle énamourée "éteins la lumière je suis timide"


Moi qui avais la phobie des germes et des sérieux penchants paranoïaques, cette situation de quasi pénombre me crispait terriblement, je devais absolument savoir ce qu'était ce léger renflement sur son estoc qui semblait tout aussi shooté que son maître et s'érigeait sans grande conviction, dans un afflux sanguin aléatoire...merde, y avait quelque chose j'en étais sure, je voulais plus mettre cela en bouche, l'image de Wuillemin me hantait et aussi j'allumais le plafonnier d'un coup sans prévenir en aveuglant se faisant mon zombie qui se reveilla et sursauta d'un coup devant cette rafale lumieneuse,  pour  sous mes yeux ébahis, découvrir... un banal grain de beauté...ouf!  j’éteignais et me remis à jouer avec son chibre sans conviction avant d'abandonner la partie...le sentant peu remis de ses émotions, et d'avoir vu la lumière blanche avant même la petite mort.
Dans mon couloir de la mort, le voyant rouge de ma punition venait de se mettre en route tandis que Christian alluma ma lampe de chevet... pour préparer un troisième pétard...ah non! je n'avais pas mérité cela... il était déjà lobotomisé, je n'en pouvais plus et voulais dormir...seule!

Je lui dis alors que je préférais qu'il ne fume pas au lit et tandis que je sentais que son dynamisme éblouissant avait fait tressauté son sourcil ce qui devait signifier surement que l'information avait atteint son cerveau ô miracle , je lui expliquais que le mieux était encore qu'il fume en route son pétard car je devais me lever tôt le lendemain (qu' importe si je lui avais avoué être chômeuse deux heures auparavant).
Il s'habilla mécaniquement et très très lentement quand soudain avec une autorité étonnante et quasi agressive il  me dit:" bon! demain! c'est chez moi hein! chacun son tour!"
J’acquiesçais avec docilité pour le lendemain pour ensuite, au petit matin, lâchement, laisser un message sur son répondeur lui expliquant que je venais de subir une rupture douloureuse et je croyais en être remise mais que je m'étais aperçue être encore fragile et je préférais ne pas donner suite à nos rdv...

Je ne pouvais pas dire quand même que le retour du mort vivant de mon Roméo me semblait un film terriblement ennuyeux et bien sur ...fumeux. 

1 commentaire:

Joueur Parisien a dit…

Un bel humour pour raconter cette soirée...
Mais vous avouerais-je que j'ai noté certains éléments avec un vif intérêt ?