mardi 16 avril 2013

Vous prendriez bien un verre de bave? ou Paul loup Sulitzer 3

Je commençais à déchanter grandement lorsque assis sur mon canapé il m’embrassa.
Horreur, si j’étais restée indifférente face aux baisers de mon précédent amant, là je tressaillis de dégoût. J’avais l’impression de me noyer dans un verre de bave. Un tsunami envahissait de plus en plus ma bouche. L’excès de salive était tel que je ne sentais même plus la langue. Je me dépêchais de mettre fin à ce supplice en embrassant son cou et en dégrafant sa chemise.

J’étais incapable à ce stade de lui signifier de stopper notre flirt, comment lui annoncer que ses baisers me répugnaient trop pour aller plus loin ? Mieux valait justement tester le reste en essayant de le faire disparaître de n’importe quel moyen de ma bouche.

Je découvris soudain son torse, noir tant il était velu, j’étais fascinée et commençais en me calmant à jouer avec ces poils.



Longtemps, la pilosité des hommes avait été l’objet de mes sarcasmes. Un beau torse se devait d’être imberbe.
 En vieillissant et en connaissant Roland, j’avais commencé à relativiser malgré des doutes encore très présents.
Il y a quelque chose d’obscène chez les bears, ces hommes particulièrement velus. C’est un peu comme l’excès de poids, la chair qui déborde, le corps qui sort du moule esthétique et qu’on intellectualise plus facilement, qu’on banalise paradoxalement en le plaçant sous son piédestal. Le corps velu ou celui obèse ne peut intégrer ses cadres, il ne peut se formater. La chair devient omniprésente, nous ramenant à une animalité inquiétante.

En l’occurrence, je trouvais cela très agréable et lorsqu’il se déshabilla, ne gardant que son boxer short tendu par une magnifique érection, je commençais à me sentir quelque peu excitée. Exit le fantôme de Paul-Loup Sulitzer et le verre de bave… J’étais soudain concentrée et émoustillée par son désir oblong. Très rapidement en petite tenue avec comme seul pare-feu ma culotte charleston, qui décidément n’amenait pas les compliments imaginés, je commençais à ressentir une énorme frustration à être obligée de seulement flirter avec ce monsieur... D'autant que flirter sans l'embrasser me paraissait un saut d'obstacle infranchissable.

Il était seulement 21 heures et, tandis que nous étions allongés sur mon lit, j’eus soudain une illumination : finalement mes règles n’étaient apparues que 3 heures auparavant et au début, les saignements sont ridicules d’autant qu’il paraît que la pénétration bloque l’écoulement… Après tout, pourquoi pas… Cela pouvait paraître imprudent, mais s’il mettait le préservatif rapidement et que j’évitais avant cela de me frotter à lui, cela  pourrait convenir.
Je me levais afin d’enlever mon tampon aux toilettes, effectivement il était quasi immaculé, puis je pris une douche afin d’avoir le sexe propre autant que frais, et me recouchais près de lui, posant des préservatifs sur ma table de nuit.


David comprit tout de suite et se dépêcha d’en enfiler un pour me pénétrer. Le coït ne me procura guère de plaisir ni de désagrément tant j’étais occupée à l’observer gémir et soupirer, à analyser la sensation de mes mains sur son torse et dos velus. A la fin, il m’adressa un sourire très tendre et il me fallu 10 secondes pour comprendre qu’il venait de jouir.


Avec une très bonne amie nous avons souvent discouru et nous nous sommes - il est vrai, honte et anathème sur nous - souvent gaussées de ce moment intense de l'orgasme masculin où le"temps suspend son vol" et je dois dire que bien de mes partenaires mâles semblent également perdre à ce moment là leur activité cérébrale au vu de leur visage... Rupture d'anévrisme momentanée... Un mythe s'écroule en même temps que la verge se dégonfle... Et que nous avons observé cette petite mort qui vous (nous?) donne cet air si peu subtils.
Quoiqu'il en soit; ce moment charmant et son sourire ne durèrent qu’un temps car je le vis subitement se figer puis partir dans ma salle de bain, la capote toujours sur son sexe qui débandait… Cela me parut affreusement ridicule et pathétique.

Tandis qu’il quittait ma salle de bains pour les toilettes, je me demandais comment j’avais pu coucher avec cet homme qui ne me plaisait même pas. Cette interrogation cessa soudainement lorsque je le vis, le visage crispé. Il semblait enfermer dans un mutisme glaçant et tandis que je lui caressais les épaules, il me dit qu’il devait partir, ne se sentant pas bien. Il s’habilla rapidement et me salua avec un « à bientôt » sec.

Je compris alors la raison de cet étrange comportement en me lavant. J’avais un peu saigné et une goutte s’était posé sur le préservatif.
Est-ce la vue du sang en tant que tel ou bien la peur d’un risque de contagion irraisonnée.. Les conséquences me simplifièrent en fait les choses, puisque le lendemain, avant même que je sois obligée à le faire, il me laissa un message en disant que nous nous reverrions plus car la seconde moitié de soirée ne s’était pas bien passé et du coup il ne pouvait concevoir d’entretenir une relation suivie avec moi.

J’avoue avoir été un peu vexée et mortifiée de cette gouttelette qui nous séparait, en même temps je dois reconnaître qu’il avait eu le courage et la franchise de m’appeler pour stopper ce début de relation.

Dix mois plus tard, je reçus un mail me rappelant à son souvenir : « Bonjour, je suis David, le jeune publicitaire. Nous nous étions rencontré un soir de novembre…je serais ravi de te revoir. Bises. »
Je rejetais cette aimable invitation, lui expliquant que si notre rencontre n’avait pas fonctionné dix mois plus tôt, je ne voyais pas pourquoi se serait le cas maintenant.

Dix mois pour oublier cet incident tragique ou bien ses recherches et rencontres avaient été si infructueuses que, désespéré, il avait décidé de passer outre cet outrage ?


Prochain chapitre: Gérontophile bienvenue !

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