dimanche 21 avril 2013

Responsable mais non coupable ou Gérontophile bienvenu 2


Il était en première année de faculté de médecine, aimait les femmes rondes et surtout plus âgées, avec une certaine expérience. Les demoiselles de son âge lui semblaient fades et trop lisses. D’ailleurs je correspondais parfaitement à ses critères (cela voulait-il dire que j’étais assez vieille, je n’étais pas sûre que se soit si plaisant à entendre). Il écoutait comme musique du rap mais je ne devais pas connaître, c’était pas de mon temps. Ses adjectifs me heurtaient à chaque fois. Voir ce jeune homme si innocemment m’expliquer combien il fantasmait sur les vieilles alors que je me sentais jeune, et non cette femme mure qu’il contemplait, étaient désagréable.

Cela me rappelait un épisode gênant que j’avais vécu quelques années auparavant.
Dans ce fameux lycée où j’avais travaillé comme assistante, je m’étais liée d’amitié avec quelques professeurs dont un qui finissait sa dernière année d’enseignement avant sa retraite. C’était pour moi un vieil homme, fatigué et fané par le deuil de sa femme une dizaine d’années plus tôt. Nous discourions souvent de Beckett, mon écrivain préféré, sur qui il avait longuement travaillé, et de la France car il était un francophile convaincu - notamment par la nourriture et le vin.
Lorsque je quittais l’Angleterre nous eûmes une longue et passionnante correspondance sur ces sujets. Il avait visité Paris à l’âge de 25 ans et, quarante années plus tard, il décida de revoir cette ville et m’y trouvant, il m’invita au restaurant. 
Je ne l’avais pas vu depuis plusieurs années et les retrouvailles, certes formelles, furent très chaleureuse. Nous discutâmes de l’école, des différences entre français et anglais, de la nourriture…Dans un bon petit restaurant du centre et fîmes honneur à la gastronomie française ainsi qu’à une bonne bouteille de Brouilly.
Le ramenant à l’hôtel, nous convînmes de nous retrouver le lendemain afin que je lui fasse visiter Montmartre. C’était un moment savoureux jusqu’à l'instant du départ où, faisant fi de la coutume anglaise pour celle française je m’approchais et l’embrassais sur les joues. A ce moment là il me regarda et souriant me dit « Come on Valerie, give me a proper kiss », un peu surprise, je pensais à mon père qui se plaignait toujours de mes « baisers de nonne ».
En fait, au lieu d’apposer mes lèvres sur les joues, je me contente seulement de poser ma joue... D'où la dénomination agacée de baisers de nonne par mon géniteur.

Je crus qu’il me disait cela et, un peu surprise, bafouillais un « No ! Never ! I can't!  My father said…Nun kisses »…C’était incompréhensible ; mon vieil ami me tordait les mains tandis que, d’un ton penaud, il m’expliquait qu’il avait voulu que je l’embrasse langoureusement. Sidérée, je ne pus que bafouiller un « Ah…Euh …Ah » et je reculai inconsciemment avant de lui souhaiter une bonne nuit.
J’étais mortifiée de ma réaction et très anxieuse à l’idée de le revoir le lendemain.
Je pensais qu’il avait du me prendre pour une folle qui invoquait son père, ou encore les religieuses, pour repousser sa requête.


J’appelais une de mes amies et ancienne collègue de l’école qui me rassura en me disant de ne pas m’inquiéter, qu’il était anglais, et serait encore plus mortifié et gêné que je ne l’étais.
Effectivement, nos retrouvailles du lendemain furent on ne peut plus formelles : ni bises, ni « hug », ni même aucune poignée de mains, mais un simple « Hello, I’m ready ! » comme accueil.
 Le malaise fut persistant au point qu’arrivés en haut de la butte de Montmartre, John (c’était son nom) me demanda, vacillant, s’il pouvait se tenir à mon bras car souffrant du vertige, il commençait à avoir un malaise. Stupéfaite, je répondis par l’affirmative mais pensant que tenir mon bras était trop osé, suite à l’incident de la veille, il tint un petit bout de ma chemise, le plus éloigné possible. C’était hélas profondément triste et pathétique.
Lorsque je racontai cette histoire à ma tante, elle me répondit que même si cet homme a physiquement 70 ans, cela ne signifie pas que son coeur bat moins vite, ni ses émotions, ni sentiments.

Avec Xavier, je me retrouvais soudain dans la peau de mon vieil ami à la nuance près que lui, ce jeunot de 19 ans, contrairement à moi, était gérontophile, aimait les fameuses MILF et, avec toute son innocence, me le clamait joyeusement au visage à chaque phrase. Effectivement, je me sentis lasse et bien vite beaucoup plus âgée.
Dans la conversation, il m’expliqua condescendant qu’il aimait le rap et tenta de m’expliquer ce qu’était cette musique pour les jeunes qui différait tellement de celle que je devais écouter, comme la musique classique.




J’aurais dû être vexée, mais je crois que j’étais tellement ébahie que je ne fis rien.


Nous allâmes même chez moi…J’étais passive et tellement choquée de voir à quel point que j’avais vieilli, que mes années de faculté étaient si loin derrière moi, que la bagatelle devenait le cadet de mes soucis.
Lui semblait ravi… Il était enfin sur le point d’assouvir un fantasme « coucher avec une femme mûre » et savourait l’instant.

Sur le canapé, il me prit le bras, et commença à délicatement l'effleurer par de doux baisers, je trouvais cela curieusement désuet mais totalement délicieux.
 Tel un Don Juan confirmé, il ponctuait ses baisers par des soupirs et des réflexions tels « Mmh, tu sens délicieusement bon » rondement amenées. 
Je commençais sérieusement à me détendre et à apprécier le moment lorsqu’il m’embrassa…


Horreur, j’avais l’impression cette fois d’embrasser une mâchoire de pitt-bull en acier. Je ressentais sa bouche comme un étau qui allait ferrer la mienne, et guillotiner ma malheureuse langue. Décidément, le baiser n’était pas mon truc.

 Parlez-moi de ces baisers enivrants voire chavirants…Pff, des promesses oui!
 Ceci dit, après les baisers « crapauds baveux » de Sulitzer,ceux ci semblaient plus attrayants…Quoique… Le second fut plus rude encore : j’avais l’étau, puis j’atteignais le ressac d’une mer tiède peu ragoûtante… Je me demandais comment les miens étaient ressentis, mais la prospection de ma main sur son jean me renseigna sur son inconfort spéculé… Visiblement ou il prisait les miens ou il savait en faire abstraction.

Tant mieux ! Malgré la montée toute relative de ma libido, calculée à l’échelle infinitésimale, je ne voulais surtout pas arrêter là. Dans une logique toute masochiste, je me disais que cela faisait une heure que j’avais subi les commentaires de ce jeune homme sur mon jeune âge, qu’en plus ces baisers m’indisposaient de plus en plus. Aussi, je n’allais pas m’arrêter à si bon compte. Je voulais mon prix de consolation, je méritais mon bon point : une image d’Epinal où serait inscrite « bon de reçu pour un troisième amant ». Curieusement je craignais moins la pénétration que les baisers. Après tout cela n’était que mécanique… Un tour de manège où je ne toucherais pas le pompon afin de ne pas gagner un deuxième tour.


Nous nous déshabillâmes, avant de nous diriger vers le lit pour nous caresser. Cela ne me mit pas particulièrement à l’aise. Peut être était-ce dû à sa maigreur mais je voyais et surtout touchais un corps qui à mon goût n’était pas suffisamment formé, pas celui d’un adulte.
 La leçon était cruelle, pire que ses réflexions précédentes : j’avais devant moi un corps qui ne me correspondait plus. 
Cela faisait bien longtemps que je n’étais plus adolescente et sans m’en rendre compte mes goûts en tant que corps avaient vieilli en même temps que moi.
 Je voulais dans mon lit le corps solide et mâle d’un adulte de 30 ans, et non celui efflanqué et androgyne d’un garçon de 20 ans. 

Mon état différait sensiblement de mon camarade de jeu, qui étalait sous mes yeux un désir irréfutable avec toute sa superbe.
 Son sexe grand et large semblait prêt à exploser, tandis que Xavier rayonnait avec un sourire béat mangeant tout son visage.
 Je lui tendis alors le préservatif afin de gagner mon dérisoire trophée, incapable de refuser son désir à cet instant là. Plus moyen de reculer. 
Il défit son préservatif le posa sur le côté, tandis qu’il caressait mon corps de plus en plus intimement puis le prit et commença à le mettre. Sa technique était on ne peu plus maladroite et je ne pouvais le secourir.


 Il me regarda et dans un soupir me dit que cela serrait, puis vint se pencher vers moi afin de pénétrer tout de go mais... Le désarroi de son visage m’indiqua que cela ne serait pas pour cette fois.
 Je crus qu’il allait se mettre à pleurer,  et je le consolai, lui disant que ce n’était pas grave, que j’allais arranger cela. Hélas pour lui, aucune de mes stimulations eurent l’effet escompté.
 Au contraire, son sexe paraissait de plus en plus rabougri, comme si chaque à chaque stimulation, je lui versais des seaux glacés. 

Plus de braquemart, mais un petit escargot et un visage effondré. Il m’expliqua qu’il ne supportait pas bien le préservatif et ne comprenait pas bien pourquoi son corps était à ce point inerte. Il paraissait réellement traumatisé de l’événement ou du non-événement qui venait de se passer. Je l’entourais de mes bras et le consolais… pendant deux heures !!!

J’eus le droit à des plaintes, de la colère, des récriminations et des plates excuses durant tout ce laps de temps. J’avais beau lui expliquer que ce n’était pas grave, que ces choses arrivaient, qu’il s’était enfermé dans un cercle vicieux et qu'il était angoissé à l’idée de remettre le préservatif, il ne m’écoutait pas et répétait inlassablement d’un ton âpre : « Comment vais-je y arriver la prochaine fois, je ne ferai plus que penser à cela… Il va me falloir du temps avant de me remettre de cette mésaventure ». Je me sentais assez coupable de ce traumatisme et essayais tant bien que mal de le consoler. Malheureusement, c’était de pire en pire, je ne pouvais plus le toucher sans qu’il sursaute comme si j’étais une pestiférée. Au bout de deux heures, alors qu’il se rhabillait enfin pour partir, je lui proposais par politesse de nous revoir, me sentant terriblement coupable ; il eut un rictus et sans oser me regarder dans les yeux murmura un « Je crois pas, non ! Je ne veux plus me rappeler de ce cauchemar », prit son sac et partit sans se retourner… Ni bises ni au revoir : juste un dos voûté… Mon amant de vingt ans était devenu grabataire en une après midi.

Piteuse, je me sentis pendant plusieurs jours mal à l’aise ; responsable mais pas coupable selon l’ expression consacrée !

Aucun commentaire: