dimanche 14 avril 2013

Pour vous mesdames (5) ou...

Quand Stéphane sonna chez moi la semaine d'après, il était habillé assez smart, rasé de prêt...Et sentant bon le savon (visiblement sous son air blasé et débonnaire, il avait retenu la leçon de se présenter frais chez moi)

Il me fit la bise en bon camarade (de chambrée ?) et s’assit sur mon canapé, évidemment du mauvais côté mais cela n’avait plus d’importance, et, tout en me sortant les quelques banalités d’usage, s’empressa de rouler son joint.

Ca y est nous avions déjà des rites, des habitudes…

Il est toujours curieux de constater à quel point nous avons besoin de reproduire certains même gestes, certaines même actions pour nous rasséréner… Des sortes de rituels magiques inconscients. A chaque fois que vint cet homme chez moi, peut être une dizaine de fois, il s’assit à la même place, m’embrassa à chaque fois de manière identique pour me saluer, prononça souvent les même mots, fuma au même moment de la rencontre un pétard en utilisant le même livre, emprunté à ma bibliothèque, pour l’utiliser comme support à son mélange tabac-cannabis… Finalement nous n’étions vraiment pas loin des jeux magiques où nous devons marcher sur les jointures du trottoir sinon quelque chose de désagréable se produirait.


Lors de cette deuxième rencontre, déjà plus décontractée, je décidai de mettre en pratique les leçons de la première session : lorsque nous fûmes nus, je me laissai aller afin de respirer un peu plus fort, de gémir plus bruyamment même si je me sentais assez ridicule et un peu honteuse, ayant – avec raison – la nette sensation de surjouer.


J’étais plus inquiète quant à la pose du préservatif. Bien sûr, je m’étais exercée moult fois sur des bananes, concombres ou objets contondants, mais je m’aperçus très vite que ce n’était pas la même histoire ! Ma maladresse était certes touchante, sauf que j’étais la seule à pouvoir comprendre ma nervosité voire fébrilité.


Déjà j'avais bloqué toute la semaine sur le moment de la pose: à quel moment le mettait-on, fallait-il se précipiter dès que son sexe bandait ? Et là; malheureusement ou heureusement; cela faisait déjà un bon moment, par bonheur mon compagnon était visiblement rodé à cet exercice ; mais lorsqu’il me demanda de lui mettre la capote, tout en me répétant les leçons théoriques apprises, je me sentais un peu déroutée. D’abord prendre le petit sachet et le déchirer en faisant attention avec mes ongles… Déjà là, ça clochait parce qu’avec mon pic d’anxiété, je n’arrivais pas à déchirer l’étui… Si ça y était – ouf ! Ensuite, pincer délicatement le réservoir pour éviter qu’il y ait de l’air et mettre la capote sur la bite en érection … Là, ça n’allait plus du tout, je n’y arrivais tout bonnement pas.

D’ailleurs, je n’y arrive toujours pas… On a beau se dire que c’est une question d’habitude et ben non ! Y a des gens doués, et d’autres maladroits et empotés qui n’y arriveront jamais.

Devinez où je me situe ?

C’est comme rouler des cigarettes… J’ai fumé deux ans du tabac roulé et je me suis escrimée à essayer de rouler manuellement mes clopes, je n’y suis jamais parvenue... Inutile de vous dire que je faisais piètre figure parmi mes copains babas avec ma petite rouleuse.

C’est d’ailleurs la principale raison… Pour laquelle je n’ai jamais été une fumeuse régulière de substances illégales. Mettre environ quatre heures pour rouler un cône où tout est tombé ne risquait pas de me plonger dans les abysses de la drogue.


Heureusement, avec un petit soupir, Stéphane saisit le préservatif et d’un geste expert l’enfila sur son sexe, avant de se pencher sur moi et de me re-caresser, puis de m’embrasser.

Lorsqu’il me pénétra, ma pensée fut d’un grand romanesque débridée du genre : « Enfin, nous y voilà, ça y est, c’est fait !»

Je trouvais cela assez agréable mais malgré les talents d’écoute indiscutables de mon partenaire, j’étais loin du brasier ou feu d’artifice rêvé.

Ce ne serait certes pas cette fois que je découvrirai ce qu’était le fameux orgasme.

En fait, bien qu’agréable, j’étais à la fois surprise de la simplicité de l’acte et trop spectatrice de ma propre performance pour pouvoir vraiment la savourer.

A ce moment là, je compris aussi « le » paradoxe : cela n’aurait eu, en fait, aucune importance si je n’avais jamais connu de coït car ma sexualité avait évolué, grandi en même temps que moi.

Malgré mon inexpérience de l’acte à deux, je n’avais certes plus les blocages, gênes que j’avais pu concevoir adolescente.

J’avais découvert mon corps depuis bien longtemps, déflorée par mes rêveries solitaires agrémentées d’outils contondants dont les catalogues de vêtements se plaisent à vanter les vertus de tenseur au niveau des rides du visage.

En revanche, si libidinalement on était loin de l’apothéose, je savais que la vraie découverte était le plaisir du contact du corps de l’autre, sa tiédeur, sa douceur, cette tendresse ou réconfort physique que je n’avais jamais soupçonnée: Je n’avais jamais pu imaginer auparavant à quel point j’avais pu être seule dans tous les pores de mon épiderme. Instinctivement, je comprenais que cette dépendance immédiate à cette chaleur animale serait irrémédiable. Une fois goûtée, le poison se distillait joyeusement dans tout mon organisme.




De cette rencontre, perdue déjà dans les méandres de mes souvenirs, il reste l’étrangeté produite par le décalage entre le moment où nous couchions ensemble, moment savoureux où il fut toujours très doux, très pédagogue et même amusant, puis cette phase de l’avant ou après coït où nous n’avions strictement rien à nous raconter et où, honnêtement et certainement dans une grande réciprocité, je le trouvais antipathique et insipide.

Pourtant, comme amant, il arrivait toujours à me surprendre et à m’exciter presque indépendamment de ma volonté. Très rapidement d’ailleurs, je vis la différence entre un plaisir quasi automatique clitoridien (surtout lorsque titillé labialement) et celui plus fantasmé de la pénétration. J’appréciais l’idée d’être pénétrée vaginalement comme, peut-être, une revanche vis-à-vis de moi-même, comme un besoin impérieux d’union mais paradoxalement le plaisir physique était moindre que celui clitoridien déferlant ou d'autres au chemin plus détourné...


Je le vis de manière très épisodique pendant plusieurs mois et je dois reconnaître que je tirais une grande satiété de nos jeux érotiques.


Un jour, Roland m’appela tout excité et j’appris que « Pour vous mesdames » ne se contentait pas de ses rencontres extra conjugales avec la gente féminine mais était également inscrit dans un site homo où il proposait ses services buccaux à des messieurs si possible d’âge mur.


Cette découverte m’amusa particulièrement et me convint que ses dons incroyables érotiques, sa patience, sa diversité dans la concrétisation de fantasmes ont été enrichis par ses rencontres homosexuelles… En bref, avec toute ma partialité, mes a priori, je le trouvais bien trop doué et attentif à mon plaisir et à la manière dont mon corps réagissait pour être représentatif d’un étalon hétéro lambda.

Et je n'ai pas changé d'avis!




Prochain épisode : Paul loup Sulitzer

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