lundi 15 avril 2013

Paul Loup Sulitzer 1

Après les deux rencontres avec le sosie de Jean Marc Barr, et mon agréable découverte des amusements charnels, je ne pouvais rester sur ma faim. Je n’avais eu qu’un seul amant et je devais combler rapidement ce déficit.

J’étais curieusement pressée. Après avoir attendu trente ans, patienter quelques semaines avant de rejouer à ces jeux me paraissaient démesuré… Comme si mon temps était compté et que je voulais rejoindre une norme rassurante : les statistiques parlaient de quatre aventures pour les femmes dans leur vie, avec deux amants à mon actif je me sentirais plus sereine quant à ma vie sexuelle.
Cela tombait particulièrement bien car je venais de m’inscrire sur un site où, soudainement, au lieu d’un ou deux messages par semaine, j’en recevais une centaine par jour !

Mon pseudo plus ma photo (cette fois-ci, une faite par Roland plus glamour et pailletée que précédemment) faisait décidément merveille sur ce site. J’étais totalement submergée par ces messages et passais quasiment une heure par jour juste à les lire.

Qu'elle était amusante, la séduction qui pouvait s’exercer dans ces messages… En quelques lignes, il fallait convaincre et en l’occurrence me convaincre. J’avais presque l’impression de me trouver dans la place d’un employeur qui –je l’avoue- usais de toutes les discriminations possibles afin d’écrémer cette liste interminable de « candidatures spontanées ».
Je ne pouvais répondre à toutes, il me fallait choisir au mieux une ou deux personnes seulement. L’orthographe allait être a priori un des critères, mais aussi la photo, la description, parfois la profession mais surtout la tournure du message et ma montée libidinale du moment.

Rédhibitoires étaient les messages salaces ou les « Kikoo, k ve tu en fet ? » issus des sms des téléphones portables qui m’exaspéraient et que je trouvais ridicules voire mièvres.


Je choisis David, un jeune publicitaire de 27 ans, épicurien, aimant les rondeurs des femmes et recherchant une relation empreinte de tendresse et de complicité.
Il n’y avait pas de photo sur sa fiche ni beaucoup de description d’éléments physiques : juste le fait qu’il était brun et de taille moyenne.

J’avoue que le côté publicitaire me plaisait, sa description en tant qu’épicurien aussi même si la non-précision du poids m’inquiétait un peu.
Etre opulente ne signifie pas forcément qu’on aime les individus enveloppés !
Consciemment ou non, et bien que cela puisse nous déranger moralement, nous avons souvent les même a priori que l’on reproche aux autres d'autant qu’il y a cette dichotomie entre notre corps pensé intrinsèquement (mince pour ma part) et accepté et celui extérieur, social avec lequel notre relation est plus conflictuelle voire problématique.

Je décidai néanmoins de passer outre mes spéculations sur son physique et attendre.
 Nous eûmes une correspondance restreinte à quasi deux mails. J’étais pressée et excitée, au point de donner rapidement mon numéro de téléphone portable plus un rendez-vous dans un bar près de chez moi, toujours celui au bout de la rue, « Les Rigoles ».


Il ne me téléphona pas mais, quelques heures avant notre rencontre, me laissa un message charmant sur mon portable. Un de ces fameux sms, mais écrit tout à fait correctement, avec l’orthographe académique que je prisais tant: « Hello, préfères-tu que je sois en tenue chic ou sportive ce soir ? bises. David ».

Comment ne pas craquer devant une telle attention ? Je sentais que cette fois, j’allais vivre LA rencontre de ma vie.


Bien sur, le reste de l’après-midi se déroula entre chercher la tenue la plus sexy possible et mes passages obligatoires aux toilettes. Une heure avant notre rendez-vous, justement lors de ma centième visite dans ce lieu incontournable, je me rendis compte qu’une désagréable surprise m’avait chu : mes saintes règles avaient avancé leur visite de plusieurs jours.

Zut ! Si j’avais été ravie de leur présence pour ma rencontre avec Stéphane R., je n'appréciais guère ce comique de répétition.



Je me rappelais qu’une humoriste avait déclaré un jour, dans un sketch, que la première fois qu’elle avait porté un tampon, elle avait eu l’impression de tromper son mari toute la journée. Cela m’avait beaucoup amusée mais à cet instant fatidique, je trouvais beaucoup moins cocasse cette manière de tromper mon époux inexistant. Pour le coup, je préférais une façon plus conventionnelle !

Il était trop tard pour décommander et à vrai dire, j’étais trop excitée pour retarder notre rencontre. Tant pis ! Je pouvais toujours invoquer ce principe vieillot et de mauvaise foi du « Pas de sexe le premier soir ». Cela devait être mon mektoub!

Je partis ensuite pour le café, m’assis à une place un peu en retrait, au fond de la salle mais où l’encadrement de la porte était tout à fait visible. Nerveusement, j'attendais David. Au bout d’une dizaine de minutes, je reçus un appel: il se garait et arrivait...

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