jeudi 4 avril 2013

Loïc 3 ou "un ange repasse...je l'attrape et je l'encule" - Cocteau


Après maintes hésitations, prenant et reposant le combiné, je composai le soir son numéro.
 Il était tard mais je venais de recevoir deux mails charmants de sa part, j’en déduisis qu’il ne dormait pas. J’entendis une voix grave et assez douce et après une longue inspiration je me présentais. Le dialogue fut simple et chaleureux quoiqu’un peu hésitant au début… je le sentais aussi peu à l’aise que moi…Mais rapidement une certaine chaleur se dégagea, nous commençâmes vraiment à discuter, j’aimais sa voix, moins son rire de fausset, il semblait simple, sympa. J’appréciais et devenais de plus en plus à l’aise avec lui, il paraissait rassuré à l’idée que je ne cherche pas forcément une relation durable, et comme lui étais ravi de ma condition de célibataire lorsque, soudain, il me demanda depuis combien de temps n’avais-je pas eu de relations sexuelles… Voilà qui était assez gênant. A ce moment, le temps semblait s’accélérer sous le rythme de mes pensées. Que lui répondre ? Si j'optais pour un « jamais », il prendrait peur et se dirait: " qu’est-ce que c’est que cette folle qui n’a pas eu de relations sexuelles à trente ans?… il doit y avoir chez elle quelque chose qui cloche?…Une traumatisée? malade? pas possible autrement...."

Ce n’était vraiment pas possible, il penserait que j’allais décharger sur lui tout mon pathos…Mmh…Que faire? Soudain l'inspiration me vint : quatre ans était un bon compromis… Par rapport à trente, soyons honnête, cela faisait peu… et en même temps suffisamment longtemps pour justifier ma timidité et mon malaise…Je me jetais donc à l’eau, assez confiante, en lui disant qu’effectivement cela faisait un certain temps et comme il me demandait précisément j’ajoutais… "euh quatre ans".



Erreur fatale!

Il s’exclama et s’étouffa à moitié en me répétant « 4 ans !!! ». Zut, pour le coup, j’avais gaffé. Je l’entendais me dire un « mais c’est pas possible, qu’est ce qui t’es arrivé mon poussin? » (Oui il avait cette tendance ridicule aux surnoms affectueux et bêtifiants depuis que je lui avais dit que j’aimais les hommes tendres… un fâcheux malentendu mais quelque peu secondaire, surtout à ce moment précis, où je me sentais pétrifiée, le téléphone collé à mon oreille et le cœur s’emballant du fait de la panique)…Il continuait sa litanie: « tu es en pleine maturité sexuelle (pas autant que tu crois, mon grand), quatre ans… c’est pas normal ».

Bon. Il fallait bien que je me justifie et je bafouillais un « mais, tu sais, Paris est une ville anonyme, je sors peu et comme je suis timide et puis tu sais… » et là je commis la fatale erreur, j’ajoutais bêtement pour donner plus de cohésion à mon mensonge un « en plus, après tout ce temps, on panique tu sais, on se demande si on sera encore capable de coucher avec quelqu’un, si on se rappelle comment faire »… Je le sentais de plus en plus incrédule et son ton était un peu plus acerbe lorsqu’il me dit « mais, c’est idiot, pardon mais je comprends pas ce que tu dis, comment faire ? Y a pas une méthode, c’est naturel non? »

 Bien sûr…Cependant, je regardais la TV attendant avidement les scènes d’amour pour justement comprendre le mécanisme. Je n'ai jamais été une jeune fille toute simple, et si je pouvais me compliquer la tâche, pourquoi ne pas s'y appliquer avec ardeur...D'ailleurs, à propos de hardeur, il fallait bien avouer que, quand même, j’avais vu assez de pornos et je n’étais pas complètement demeurée pour ne pas savoir en théorie, ce qui se passait…  J’étais en fait une vraie pro en théorie, je pouvais discourir des heures sur l’éjaculation féminine, la golden shower, la taille moyenne du sexe masculin, etc. Simplement je ne comprenais pas comment moi, si empotée, j’allais arriver à embrasser quelqu’un, le lécher, le déshabiller… Non, je bloquais là-dessus, et quand je voyais l’enlacement d’un couple pendant ce fameux coït: non! Je savais que cela ne me conviendrait pas et faillirais à l'ouvrage!
Connaissant par ailleurs mon extraordinaire maladresse, non seulement je me couvrirais de ridicule mais si le malheureux ne perdait pas un oeil ou sa virilité lors d'un geste malencontreux, il aurait de la chance.

Alors que dire à Loïc? est-ce que je n’étais toujours pas prête?
Je me sentais terriblement triste, ayant le sentiment de gâcher mon unique chance et je bafouillais lamentablement, tandis que nous raccrochâmes rapidement après qu’il m’eut dit un « bon, enfin, ce qui est bien c’est que tu sois comme moi, bien célibataire… bon et ben, je t’embrasse, à bientôt… »

C’est sur, j’aimais bien ma tranquillité ; néanmoins j'aspirais, comme tout le monde, au prince charmant, et même si Ronan m’avait assez prévenu en me disant de faire bien attention au fait que ces rencontres ne seraient que du cul, le ton de Loïc dans ses lettres, son image, sa voix… J’avais beau nier tout cela, je me sentais quand même assez amoureuse, d’autant que j’étais habituée aux amours platoniques!!!

Comme mes soupçons le prévoyaient, notre correspondance commençait à s’effilocher je recevais des messages du genre « Bonjour mon ange,

Bien sûr que nous allons pouvoir poursuivre notre correspondance, qu’est-ce qui nous en empêcherait, pour ma part cela me plaît d’avoir une amie sur le Web, ça le rend un peu plus humain.

Tes photos sont très sympas et m’ont beaucoup plu, merci de les avoir envoyées, dommage simplement que ce ne soit pas du numérique car il y règne un certain flou qui a tout de même l’avantage de donner un style très artistique à tes poses ravageuses.

En ce moment, je bosse comme un furieux, je rentre tout juste du taf, comme samedi dernier et je m’y colle encore la semaine prochaine, j’suis vanné, rincé, cassé…mort en sorte !

Bon, mon poussin, je file chez mon ami de la dernière fois, je dois l’aider à monter chez lui un lave-vaisselle et l’installer…voilà une chouette soirée!!!

Je t’embrasse
 »




Certes, ces mails étaient encore doux mais leur fréquence était moindre, loin des déclarations tonitruantes telles que: « tu es vraiment superbe, mon ange, tu es comme je le désirais, comme je l’espérais à croire que tu es l’incarnation de mes rêves ou de mes phantasmes. ».

Je devais faire quelque chose. Aussi, passant outre ma paranoïa et mes angoisses, je lui redemandais de nous voir à mon domicile… Hélas, je recevais des refus polis voire même, parfois, strictement aucune réponse… J’avais reçu des propositions multiples quant à mon annonce, mais je dois avouer que lui seul me plaisait vraiment, les autres étaient trop directs, trop ceci, trop cela… Bref, je cherchais maintes excuses auprès de mes amis qui me conseillaient de répondre à ces messages…

Parallèlement, je cherchais du travail  - plus ou moins activement il est vrai - cependant mes diploômes en Histoire de l'Art et Arts Plastiques n'étaient guère exploitables sur le marché du travail.
J’avais étée licencié économique six mois plus tôt de mon premier CDI, un poste d’assistante commerciale dans la presse, relativement bien payé mais où l’ambiance après un rachat et le changement de patron s’était révélée désastreuse et je n’avais aucune envie de revivre cela.
Même si j’étais bien loin de vivre confortablement, je préférais ma tranquillité à cette ambiance électrique et désespérante du retour kafkaïen du métro lors des les heures de pointe, boulot, métro, dodo et hop, on recommence joyeusement sans avoir touché le pompon le lendemain.
 Je savais que tôt ou tard je devrais y faire face mais ayant un peu de temps, j’espérais pouvoir trouver l’emploi de mes rêves, que je ne connaissais pas encore, mais plutôt dans la presse, les médias, les librairies, l’édition surtout… Je dévorais les livres et me targuais d’une solide culture littéraire que mon C.V ne pouvait hélas démontrer… Et puis, si par hasard j’obtenais un entretien, je savais que mes chances étaient réduites : d’abord j’étais ronde ce qui objectivement n’était pas un avantage - sortir du moule l’est rarement et la plupart des gens envisagent les personnes rondes comme aimables mais peu dynamiques ; ensuite atteinte d'un désordre neurologique bénin, mes mains tremblent comme si j’étais  alcoolique ou bien parkinsonienne…Le verdict tombait systématiquement: on me jugeait trop émotive et peu adaptée au marché du travail, d'autant que, pour finir ce tableau de jeune cadre dynamique, je bafouille ! Bref, ce n’était pas gagné!!!

Du coup, même si je disposais encore de deux ans de sécurité avant de perdre mes assedics, je me posais régulièrement des questions sur ma capacité d’entrer dans cette fameuse vie active. Ma paresse naturelle ne m’y poussant pas davantage, j’angoissais régulièrement à ce sujet.



Je reçus de Loïc, un mois après notre discussion ce dernier mail : « Hello Valérie,

Ne m’en veux pas, mon emploi du temps est full en ce moment, moi qui tente toujours de me préserver de ce monde de fous, je me retrouve avec un planning de furieux malgré tout. Comment expliques-tu cela ?

Je passe énormément de temps à mon travail où je pense avoir une carte à jouer au cours les tous prochains mois, plus des démarches administratives qui s’imposent alors que je demande rien à personne et pour finir les amis qui veulent que l’on se voit par-ci par-là sans compter ma visite hebdomadaire chez mes parents ce samedi.

Sache que j’ajoute à cela le fait que je travaille chez moi environprennat  des cours d'informatiquet, afin d’accéder à un poste de web master

Bref, j’hallucine proprement sur mes journées, ah oui, j’oubliais le transport (2h30) par jour !

Alors ne sois pas fâchée si parfois je tarde à te donner signe de vie mais comprends moi bien, à mon âge, si on me donne une chance d’évoluer dans mon métier, je ne peux en aucune façon la laisser passer, je dois y consacrer toute mon énergie et faire en sorte que cela se réalise, seulement alors je pourrais m’accorder du temps et me reposer un peu.

J’apprends dans ton mail que tu n’avais pas trop le moral ces derniers temps, c’est un sentiment que je connais périodiquement, explique-moi tout mon poussin, dis-moi ce qui ne va pas ? Comment est-il possible qu’une femme qui a dans son jeu toutes les cartes pour plier le destin à ses moindres désirs puisse ne pas bien se porter ? Quand je vois ton joli visage, je me dis que la vie ne peut rien te refuser et que tu dois pouvoir obtenir à peu près tout ce que tu souhaites, sans doute n’en es-tu pas assez consciente !!!

Si tu stresses à cause du taf que tu dois trouver prochainement, arrête de suite, prends ton temps pour chercher un poste qui te conviendra et ne t’impose pas de date, ce sont des démarches parfois assez longues avant d’aboutir à ce que l’on souhaite vraiment.

Je t’embrasse mon ange et n’oublie pas que je suis là et que je pense à ma chérie Busty
. »

Certes, il pensait à moi tendrement mais ce fut son dernier mail.
Je lui en écrivis une dizaine avant d'enfin saisir que monsieur s’était lassé et avait certainement décidé de stopper notre correspondance. Après plusieurs mois de lettres cela me choqua et j'en fus terriblement déçue. Ronan m’expliqua que cela faisait parti du jeu d’Internet mais je n’aimais pas cette règle.
Mon amour-propre assez blessé , je refusais de l’appeler et abandonnais cette histoire. Mais pendant très longtemps, je pensais encore  à lui et j’ai faillis l’appeler un an après sans pour autant oser. Je ne voulais pas passer pour une folle hystérique assez accro et cela n’aurait servit à rien si ce n'est à me rendre ridicule… dommage !!!

Prochain chapître: Est-ce que sucer c'est tromper?

2 commentaires:

Ricky a dit…

Le titre était accrocheur... mais la fin arf...

En toute amitié.... a dit…

Rires, oui ca tombe en queue de boudin...mais vu que le personnage appele sans arret la narratrice mon ange, je trouvais ça rigolo...promis après ca va commencer à être plus croustillant^^