vendredi 5 avril 2013

Le GPS de Bison futé s'est embrouillé ou Est-ce que sucer c'est tromper 3




Je sentis mon ventre me tirailler tandis que je me levais, puis une grande sérénité m'envahit lorsque j’ouvris la porte. Tout était prêt, mon appartement sentait la vanille et l'ambre', j’avais mis la musique du film Exotica d’Atom Egoyan que je jugeais comme une incitation au sexe tant elle était sensuelle ; ma cigarette se consumait sur le cendrier sur le bon côté du canapé, flanquée de ma canette de coca light à moitié bue… Parfait…Le scénario était parfaitement mis en place. 


Alors, j’ouvris la porte et pénétra Benoît. Ma première pensée fut qu’il ne me plaisait pas. Trop BCBG, trop conservateur à mon goût mais il était objectivement pas mal, il semblait élancé, assez grand, de beaux yeux bleus. Je n’aimais pas trop sa bouche car sa lèvre supérieure quasi inexistante n’était à mon avis pas particulièrement sensuelle ni séduisante. 

Le choc fut sa manière de parler, je ne saurais trop la décrire : sa voix était chaude, grave et nette mais sa façon de ponctuer les phrases de façon posée, presque docte tout en montant légèrement dans les aigus du fait d’une pointe d’accent titi parisien qui me rappelait un cousin dont je goûtais la compagnie que très modérément. Ca c’était vraiment affreux mais bon… 

Il ne me fit pas la bise et entra directement dans mon petit salon. Je crois qu’il me parla des embouteillages et du fait qu’il lui avait fallu pas moins d’une heure pour venir jusque chez moi, d’autant qu’il ne connaissait pas trop Paris et encore moins le XXe arrondissement où je vivais. 
Durant cette introduction passionnante, M. Bison futé s’était débarrassé de sa veste et assis sur mon canapé… Et là stupeur, malgré ma ruse, ce monsieur s’était tout bonnement installé à droite de mon sofa. Mince, pourtant mon plan se voulait démoniaque d’efficacité… N’avait-il aucun bon sens pour s’asseoir devant un cendrier fumant et une cannette à moitié pleine... Visiblement les alertes subliminales ne fonctionnaient guère sur les bovidés parisiens.



Cela commençait très mal!!!

Bon… M’armant de mon plus grand courage, je m’installais souriante et faussement détendue. Je sentais ce jeune homme tout aussi mal à l’aise et stressé que moi. D’ailleurs rapidement la discussion s’engagea sur les rencontres via internet.
Etait-ce la première fois que je faisais cela? –oui- et lui –aussi- c’était pas si évident –ça c’était sûr (et encore mon grand si tu savais…)- mes photos sur le site étaient bizarres- ah oui ? Je saisissais cette chance pour lui parler de mes photos ou plutôt celles que Ronan avaient fait de moi, une sorte de déclinaison de plusieurs époques où j’incarnais un personnage à la Toulouse-Lautrec, une femme des années 30 puis 60 etc. 

Elles étaient splendides et je les adorais. Je ne me reconnaissais pas tant les jeux de lumière et de maquillage avaient modifié mon visage. Il y avait aussi la série des Busty Doll plus kitch où, par exemple, je tenais un poireau l’air hébété, dans une combinaison panthère trop petite où le peu encore caché de mes seins semblaient sur le point de bondir, tandis que je portais une perruque à la Janis Joplin, qui tombait sur mes épaules dénudées et des lunettes de soleil en plastique rose, en forme de cœur… Un vrai régal ! 


Moins esthétique certes que les photos précédentes, mais hilarantes –du moins pour mon ami et moi- car Benoît semblait assez indécis voire perplexe à leur sujet. 
Je proposais de lui en dévoiler d’autres, sachant que pour cela il nous faudrait aller dans ma chambre, ce qui me semblait être une riche idée car malgré l’exiguïté de mon canapé, nous restions statufiés, incapables du moindre mouvement vers l’autre. Il me suivit dans ma chambre et, tandis que j’allumais l’ordinateur, je sentais sa présence derrière-moi, toujours aussi contracté. 

Je me demandais à quel moment il me tournerait pour m’embrasser ou même m’enlacer ...Après tout, par derrière, il n’avait pas à contempler mon visage, cela devait être moins angoissant ?.

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