lundi 22 avril 2013

Joyeux Noël ...interlude non festif


      

Sur ces entrefaits arrivaient les vacances de Noël, j avais hâte de raconter à mes amis d’enfance mes turpitudes et, telle un enfant ayant bien fait ses devoirs, savourais déjà leurs exclamations joyeuses et leurs rires lorsque je leur narrerais avec moult détails incongrus ces trois rencontres.

Je me sentais joyeuse et apaisée, après tout j'avais lu dans un livre de sociologie sur la vie sexuelle des français que la moyenne nationale de partenaire de la gente féminine de ce pays était quatre. J'approchais donc du but et, tel le saint commandement pour les fleurs, ce chiffre impair me paraissait correct, élégant, ou du moins justifiable sans trop de ridicule.
Telle ne fut donc ma stupeur lorsqu’après mes retrouvailles avec un couple d’ami qui m’avait depuis toujours abreuvée de détails intimes de leur vie de couple, et sans le moindre tabou, je ne vis que visages fermés et réprobateurs à la fin de mon récit.

Je sentais mes amis inquiets, catastrophés et outrés.

Le fait que je puisse avoir des relations sexuelles, sans le moindre sentiment pour mes amants les troublaient profondément. Avoir traumatisé ce gamin de 19 ans aussi. Surtout, le fait d’utiliser internet leur paraissait extrêmement dangereux et pervers. Internet apparaissait encore comme un lieu de vice et de débauche où naviguaient sérials killers et/ou au mieux homme mariés (ce qui n'était pas complétement faux pour ce dernier point).

J’associais au pathétique des annonces du chasseur français ou annonces matrimoniales d’antan le vice de la modernité, de l’anonymat, des grandes villes etc.
Je faisais donc catalogue, pas loin de me prostituer et étais donc à mille lieues de l’image figée de la célibataire gauche et peu libidinale d’antan.

700 km pour ces moues dépitées et consternées, j’étais loin du bon point ou de l’image d’Epinal que j avais tant convoitée.
Je ne sus que dire et bafouillais lamentablement, amoindrissant de plus en plus les expériences.

Moi qui, des années durant, avais été hantée par la notion de péché et de culpabilité, j’avais un « revival » de cette émancipation récente et encore fragile. Idéologiquement je ne comprenais plus, c’était les mêmes amis avec qui je parlais souvent des expériences d’autres avec amusement et légèreté, qui avaient tous lu le Deuxième Sexe avec avidité, et pour qui la bagatelle se voulait ludique…Or, une semblait offusquée que je puisse rencontrer des inconnus chez moi dans mon lit sans idée de procréation…Je bafouillais, expliquant combien justement être dans mon univers, mon antre, était essentiel et que se le théâtre de mes ébats soit mon lit était un élément rassurant… Un autre, dans un ton sentencieux, me demandait où je comptais arrêter ce catalogage et comment j avais pu créer une intimité avec des inconnus pour qui je ne ressentais aucun attachement…





Ce soir là, je rentrai tôt, honteuse, chez mes parents, tôt, en maugréant sur l’incompréhension de mes proches, et pris comme seule compagnie mon livre de chevet. Comme l’apparition d’un Deus Ex Machina, ce même soir tandis que je partais me soulager des quelques ondées symboliques avant de retrouver l’étreinte de Morphée, j'eus le déplaisir de ressentir soudain une brulure assez vive.

En bonne hypocondriaque j’oscillais immédiatement entre deux scénarios, une coupure de rasoir mal placée lors de l'élagage de mon jardin plus trop secret, ou la terrible chaude-pisse.
Ce ne fut ni cette dernière, ni la syphilis, mais une banale infection urinaire qui revêtit pour moi une sorte de punition divine venant entailler mes parties génitales comme une sorte de blessure infamante de mes péchés véniels… Pourtant, je n’avais rencontré que trois personnes mais j'avais soudain un sentiment dantesque de visiter les cycles infernaux et, visiblement, certains de mes amis intimes à qui je venais d'avouer mon inconfort hivernal, ressentaient la même répulsion et dégoût.

Ainsi, après la souillure, le châtiment divin et au lieu des rires et amusements, mes amis d’enfance furent meurtris d’avoir osé brûlé ma belle icône de Jeanne la Pucelle pour me revêtir des robes d’une vulgaire catin…Comment pouvais-je ainsi m’abandonner dans le stupre et la fornication sans la moindre culpabilité ; c’était honteux…

D’en rire ? Choquant! Résonnaient à mes oreilles telle une prophétie, voire une damnation, la sentence d'une de mes meilleures amies : « à vingt ans, tu étais nonne, à trente tu es pute, à quarante tu seras une bourgeoise mariée ».
J’étais pétrie de honte cet hiver-là et je remontais plus tôt à Paris meurtrie et peinée de cette incompréhension, et, surtout, de ce mur qui venait de s’ériger….Non pas - quoique - le mur de la honte mais celui du silence, où même à ses proches amis, on découvre que certaines choses ne peuvent plus être dites…Etait-ce cela devenir adulte ?

Soudain je m aperçus que je ne pourrais plus tout leur dire, tout leur confier et fus bannie du jardin d’éden pour avoir à mon tour croqué la pomme.

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