mardi 9 avril 2013

Jean Marc Barr ou Pour vous mesdames 2



Le jour même, après une matinée de préparation mentale et physique (épilation en tout genre, maquillage, choix cornélien de la tenue agrémenté de visites fréquentes à mes toilettes, je partais pour mon rdv assez déconfite je dois dire)… J’étais assez nerveuse, mais la venue fortuite de petits soucis typiquement féminins m’avaient un peu rassurée : Du coup, pour ce premier rdv, nous ne ferions grand-chose, voire rien du tout et cela me satisfaisait parfaitement ainsi. Je ne voulais surtout pas précipiter les choses.

Bref, je partais nerveuse mais non paniquée grâce à mes saintes règles me servant de ceinture de chasteté.

Au café, je ne le reconnus pas tout de suite, il y avait peu de monde mais au comptoir Jean-Marc Barr me souriait comme s’il m’attendait… Mince ce n’était pas Jean-Marc Barr mais Stéphane R. ! Il était sacrément mieux en vrai qu’en photo ! Putain ! J’avais rdv avec le sosie de l’acteur du grand bleu… J’en revenais pas.


Je souriais bêtement, agréablement surprise. Nous nous fîmes la bise mais le lieu n’était vraiment pas propice à la discussion car totalement bondé à cette heure. Aussi, nous décidâmes de trouver un autre café afin de parler plus tranquillement. Je commençais déjà à déchanter, lorsque dans la rue il me demanda si j’étais belge car j’avais un accent très prononcé.

Je viens du sud mais j’ai beaucoup bougé et mon accent est un mélange entre celui de Toulouse, la ville où j’ai le plus longtemps habité, celui lozérien où se trouvent mes racines, anglais (cela faisait peu de temps que j’étais rentré en France après un séjour de deux ans dans le sud de l’Angleterre qui, ajouté à ma timidité, avait contribué à saccader mes phrases plus quelques autres ingrédients tel un r très marqué certainement héritée de ma mère pied-noir)…. Bref, mon accent était un mélange assez déroutant pour les parisiens. Pourtant, me semblait-il, on ne l’entendait qu’à peine. Hélas, contrairement à mes convictions personnelles, on avait dû me demander des dizaines de fois quelle était ma nationalité avec des spéculations allant d’anglaise, belge, allemande, russe à d’autres plus étonnantes comme portugaise, libanaise et même africaine (au téléphone)

Donc, j’en avais marre qu’on me parle de cet accent, c'était devenu un sujet sensible et je dois dire que cela ne me le rendit pas sympathique.
Je le regardais parlant d’un ton froid, me jaugeant d’un air détaché. 
J’enviais son air calme comme si nous nous étions de vieux copains allant boire notre verre hebdomadaire. Nous trouvâmes rapidement un boui-boui vide où nous pourrions discuter tranquillement. 
Très très rapidement, je le regardais atterrée par sa bêtise et son indélicatesse.
Je venais de lui dire qu’il faisait jeune : Ce sur quoi, il me répondit qu’il avait trente ans et moi ? Trente-huit ? Merde, je venais de passer des heures à me maquiller pour que ce con me vieillisse ainsi… J’étais dépitée, de plus je ne savais pas comment agrémenter cette conversation qui tournait au vinaigre. Mes questions tombaient toutes à l’eau. 
"-Que fais tu ?
–ben je suis au chômage…
- ah ? Moi aussi…(long silence) Que faisais tu avant ?  
- J’étais vendeur de matériel informatique ?
-  Ah ? C’est intéressant (tu parles !) et tu as des passions, non, ah…. Euh… c’est la première fois que tu fais ce genre de rencontres ? 
- Non, cela fait un an. "

Ces réponses étaient assez laconiques et ne facilitaient en rien la gestion de mon stress. Ceci dit, je le trouvais si décevant et inintéressant que j’en vins vite à me dire que je ne voulais pas de ce mufle dans mon lit. Je ne voyais pas pourquoi je faisais si grand cas de cette rencontre. Nous n’avions rien en commun et je n’avais aucune envie de continuer cet échange lénifiant ! Cependant, il me semblait très difficile de lui lancer un « bon, t’es vraiment trop con, salut ! » même si j’en rêvais tandis que je buvais mon coca light. 
Je lui dis que j’avais mes règles et que nous ne pourrions pas baiser aujourd’hui. 
Il me répondit que cela n’avait pas d’importance et qu’il ne faisait pas de rencontres pour baiser (ah bon? pourquoi pour palabrer sur de longs sujets philosophiques?), que le sexe était secondaire (pour des rencontres de cul, y avait un paradoxe un brin fâcheux) puis je vis soudain poindre une lueur d’intérêt dans ses yeux insipides alors qu’il me demandait à brûle pourpoint « au fait, tu as rien contre les substances qui font rire ? ».


Je me mis à rire en lui disant que non, pourvu qu’elles soient légères. Enfin, un sujet de discussion et j’embrayais sur mes exploits ou conneries passées. Hélas, cela ne sembla pas l’intéresser d’avantage. Du coup, ayant fini mon soda et tandis qu’il était aux toilettes je me dis que cela faisait une demi-heure que je gâchais joyeusement mon temps et qu’il était grand temps de filer.

J’attendis sagement son retour, politesse oblige, et lui sortit un insipide: « Bon… Ben… On se rappelle la semaine prochaine si tu veux » étant incapable d’un franc « Désolée, tu me plais pas, adieu ! ».

Il me regarda étonné et me demanda : « Mais… euh… d’accord, mais tu veux pas fumer un pétard avant ? ».

Je me mis à glousser, me sentant soudain comme une adolescente, et répondis avec une brillance verbale bien personnelle un « Oh ? Ben… pourquoi pas ? Cela fait longtemps, ben alors, viens chez moi » et nous partîmes chez moi.

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