mardi 23 avril 2013

Il y a un tigre dans le moteur

Je revins donc précipitamment quelques jours avant le réveillon du nouvel an à Paris retrouver Roland, et mon antre qui m’avait tant manqué.

J’évoquais une vague excuse à mes amis dont le jugement et l’ironie mordante m’étouffaient. Je crois que je les déçus encore plus tant mon mensonge était évident...et je m'enfonçais inexorablement avec tristesse dans un chemin de non retour de symbiose idéologique avec mes amis...l'affection demeurait, la complicité s'amoindrissait...

Mentir nous parait toujours une profonde agression voire trahison envers le lien qui nous unit au menteur, mais ce dernier est souvent étouffé par sa honte de ne pas être celui qu’on voudrait qu’il soit et mentir une fois acculé à ce sentiment de ne pas pouvoir être à la hauteur parait soudain le seul échappatoire, la seule respiration encore possible même si les conséquences sont parfois la dernière bouffée de cigarette du condamnée… en l’occurrence je ne pouvais pas dire à mes amis que leur propos étaient trop brûlants et me renvoyait à ma vieille compagne quelque peu étouffante la culpabilité et que je ne pouvais pas supporter un réveillon qui aurait résonner comme une mascarade grinçante… d'autant que l'alcool aidant, les langues se déliaient plus facilement.

je ne voulais les peiner et n’arrivais pas non plus à les affronter… je suivais le vieille adage « courage, fuyons ! » avant d’être trop blessée. puisqu’ils me pensaient en pleine crise d’adolescence (peut être avec raison), eh bien soit je me devais de l assumer et assouvir complètement cette soudaine libération sexuelle et cette découverte des sens. ..

Heureusement Roland était là, toujours présent à m’aider à prendre du recul, devant ses évènements, à me soutenir quelque soit mes choix, ou blocages avec sa patience inouïe devant mes inlassables doutes, peurs, angoisses etc.
Etre moi même et non plus faire plaisir aux gens et assumer mes choix...voilà mes résolutions de cette nouvelle année.

Une fois à Paris, loin, je repris effectivement confiance en moi et relativisa les propos et puisque à défaut d’étalon, j’étais tombée de cheval il était temps que je remette le pied à l’étrier… comme un défi peut être sur mes propres doutes.

Je trouvais donc un homme qui révélait une photo dévoilant en partie son sexe…l’entente était assez correcte sauf que le monsieur, marié, n’était libre qu’à 8h du matin.

8h du matin, ouch moi qui était la reine de la grasse matinée! 8h pour forniquer avec un inconnu!

Cela me paraissait quelque peu juste mais cette fois-ci j’étais pressée de lutter conter l avis des parents/amis intimes comme effectivement une ado en révolte … j’allais donc rencontrer ce Yannick, qui avait le même âge que moi et qui apporterait les viennoiseries du petit déjeuner.


J'étais un peu anxieuse et ne dormis que peu la veille de cette rencontre, je me demandais si je réagissais telle une assoiffée de sexe pour être partante pour un rdv à 8h du matin avec un inconnu dont je n avais pour unique description que le tiers de son sexe et la braguette de son jean qu’avait exhibait sa photo.

Au petit matin après m être pomponnée à 7h du matin je sortis affronter le froid hivernal pour retrouver le monsieur devant le parvis de l'église de la station Jourdain , mon arrêt de métro…

Là dans la grisaille je découvris un monsieur d’une trentaine d’année, dans un imperméable sans forme couleur mastic que Colombo aurait prisé, un homme assez voûté, chauve, me regardant timidement, un sac de viennoiserie à la main et de l'autre portant un attaché caisse… il ressemblait à une caricature de comptable et je sentis que ma libido n’allait pas être en hausse boursière ce matin là. Je souris néanmoins amicalement et l’invitai gentiment à déjeuner chez moi.
Sur le trajet, pas un seul mot, il ne semblait pas pétrifié par la peur pourtant ni particulièrement timide mais économe de son discours.
Arrivé chez moi, il se cala dans le canapé de manière frontale, sans même se tourner un peu vers moi assise à coté et commença à grignoter nerveusement un croissant tandis que je lui offrais généreusement un verre d’eau.


Je sentais avec une empathie virtuose que la rencontre n’allait pas donner lieu à des galipettes et soubresauts endiablés… en fait, je n’avais qu’une envie dormir et dormir seule !


Après 10 minutes de silence, il m avoua n’être pas lui même très chaud et cela m enleva soudain l énorme boule qui bloquait mon estomac, plus légère je lui avouais soulagée que moi non plus, il était vraiment un peu trop tôt selon mes us et coutumes.
Lui-même plus détendu me parla de son métier - il était informaticien - et de ses rares rencontres.

A cette époque où chez les hétéros internet ne sévissait pas pour la majorité, il était étonnant de se rendre compte que quasiment tous les adeptes masculins étaient des informaticiens ou scientifiques. Les littéraires semblaient boudés ce moyen de communication trop froid et clinique pour préférer les rencontres de bar nettement plus subtiles et arrosées.

C'est cela d'être arty!!!
L’heure se passa avec Yannick en causette insignifiante et je regardais avec avidité mon lit pensant au sommeil réparateur que me procurerait son départ. Mais tandis qu’il venait de terminer d’engloutir la dernière chocolatine que je convoitais, et que je prenais mon courage pour lui annoncer qu’il était peut être temps de se séparer lorsqu’il me coupa les premiers mots bredouillés pour me demander comment  aller ma libido.
 Diantre ! Elle était au plus bas mais comment exprimer cela avec tact…un eeeeeuh était un bon début lorsque souriant, monsieur passe partout me sourit et me dit car moi, ca y est je suis prêt!
Que dire, que faire lorsqu’on est faux cul et on en sait pas dire non de peur de blesser? et après tout, il était là et je voulais une quatrième rencontre comme une revanche sur les propos durs et injustes me semblaient-ils de mes vieux amis.
 Cela serait un petit interlude sensuel et pas bien méchant visiblement avant de retrouver Roland à la piscine . Je souris donc et répondis un « ah chouette », et il m embrassa…


Son baiser était fougueux, étonnamment, que dire... il se faisait passionné... non vorace était le mot !
Soudain, sans même comprendre ce qui se passait, je me retrouva basculée sur mon lit, vêtements quasi arrachés.
Il se mit alors à me mordre, me labourer le dos de griffes, m'embrasser de plus en plus voracement…je perdais pied décontenancée de cette métamorphose

Il se déshabilla, découvrit un phallus énorme!!!!! mis un préservatif et m'empala dessus…



l’objet fantasmatique par excellence sauf qu’à 9h du matin avec un homme inconnu qui vous laboure le dos en guise de préliminaire, j’étais plus stupéfaite qu’excitée et cette gourmandise là était bien au-delà de mon appétit. J’avais l’impression d’etre une girouette avec un pieu planté me transperçant les tréfonds de mon anatomie et avais du mal à récupérer mon souffle entre deux coups de butoirs!

Je crois que j'étais tellement stupéfaite de cette métamorphose et de ce déchaînement des sens que je demeurais un peu passive et distanciée de ce qui m’arrivait, ce n’était ni désagréable ni véritablement excitant ; juste étonnant…

Deux heures après je retrouvais Roland à la piscine, et avant même de lui prononcer le moindre mot de cette rencontre, il se mit à s’esclamer en me demandant ce que j avais fait, mon dos était zébré de griffures… "tu t’est fait bouffé par un tigre ou quoi ? "
Ben oui ! ce jour là je découvris que même monsieur tout le monde peut avoir un tigre dans le moteur une fois digéré sa chocolatine!!!

1 commentaire:

Cyrille a dit…

euh l'image du supplice du pal? fichtre, un vlad tepes en goguette.

nice post, as usual, ty poulette